Les malheurs des vignerons... Une terre ingrate
rideau
paysans en 1789
Les vignerons de Soulangis - bailliage de Bourges — énumèrent leurs malheurs :
« Quatre-vingt-douze feux composent toute notre paroisse qui n'a pas plus de deux lieues de circonférence ; sept cents personnes de tout sexe, de tout âge : voilà à peu près le nombre de ses habitants qui sont tous absolument attachés à la glèbe.
« Situés à sept lieues de distance de la rivière, éloignés des grandes routes et de la ville de plus de trois lieues, ne pouvant avoir de communications que par des chemins impraticables, rien ne peut exciter leur industrie, ils ne peuvent former aucune entreprise lucrative ; il n'y a chez eux nul objet de commerce, nulle exportation, nulle importation.
Privées par la disette des fourrages des avantages que procure l'entretien des bestiaux, leur unique soin est de tirer le meilleur parti possible du sol qui les a vus naître. Et quel sol ! un terrain pierreux, stérile, incapable même de produire sans culture l'herbe la plus vaine. Seize laboureurs, s'il est permis de nommer ainsi huit ou neuf d'entre eux qui n'ont pour tout attelage que deux faibles chevaux, retournent toute l'année avec peine et arrosent de leur sueur une terre ingrate à laquelle ils ne peuvent même donner les engrais nécessaires et dont le produit annuel ordinaire est tout au plus du trois pour un.
C'est cependant sur ce faible et unique produit dont une partie doit encore nécessairement retourner à la terre que le cultivateur est obligé d'acquitter toutes ses redevances, de s'entretenir, de nourrir sa famille... Mais si la condition du laboureur est si douloureuse, si elle est capable d'exciter la sensibilité du souverain, qu'elle est bien plus pénible, plus affligeante encore, qu'elle mérite bien davantage les regards d'un roi qui veut absolument connaître la misère de son peuple pour y remédier, celle du manoeuvre pour qui chaque jour de pluie est un jour de disette, qui, courbé vers la terre depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, ne peut arracher de son sein que le morceau de pain noir qui le soutient jusqu'au lendemain où il est obligé de recommencer son pénible travail s'il veut obtenir le même salaire...
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