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Les derniers jours
du Graf Spee

Odyssée du Graf Spee

Soudain, jaillissent six gerbes de flammes. Le bruit des explosions nous parvient peu
après. Des éclats volent. L’arrière semble se
détacher. J’entends la voix du commandant :
‘Veuillez inscrire sur le livre de bord : Graf Spee mis hors service le 17 décembre 1939 à
20h00’.

Le Graf Spee pris au piège

Le Graf Spee pris au piège à Montevideo
L'un des épisodes les plus dramatiques du début de la bataille de l'Atlantique, l'attaque du puissant cuirassé de poche Graf Spee par trois navires de guerre britanniques, donna pendant quelques jours la vedette au port neutre de Montevideo, qui devint le centre de l'attention diplomatique. Le Graf Spee endommagé, qui s'y était réfugié avec ses 37 morts et 57 blessés, s'y trouva pris au piège. En effet, les navires britanniques en bloquaient la sortie et les Uruguayens ne lui accordaient, pour effectuer ses réparations, qu'un délai de soixante-douze heures en plus des vingt-quatre heures prévues par les conventions internationales.
Cela convenait tout à fait aux Anglais car, au bout de ces quatre-vingt-seize heures, le Graf Spee, mal réparé, devrait quitter le port et affronter les Britanniques, ou rester à l'ancre, être saisi et voir son équipage interné conformément aux lois internationales. Mais les Anglais découvrirent que le cuirassé de poche n'était pas aussi endommagé qu'ils l'avaient cru; et ils durent dresser un plan d'urgence pour l'empêcherde quitter Montevideo avant l'expiration du délai.
Les conventions internationales interdisant à un navire de guerre d'un pays belligérant d'appareiller d'un port neutre moins de vingt-quatre heures après le départ du même port d'un navire marchand de l'adversaire, les diplomates britanniques remirent en toute hâte au gouvernement uruguayen une note l'informant qu'un cargo anglais allait quitter Montevideo dans les prochaines heures. Le gouvernement uruguayen se contenta d'envoyer auprès du Graf Spee un petit remorqueur censé le dissuader de reprendre la mer.
Les Britanniques décidèrent alors de faire croire que de puissants renforts arrivaient au large de Montevideo. Cette fausse information devait parvenir aux oreilles des Allemands par un coup de téléphone à l'ambassadeur britannique — on savait que sa ligne avait été mise sur table d'écoute par les Allemands — et par un article qui serait publié dans un journal argentin.
Mais le commandant du Graf Spee Hans Langsdorff (homme de grande classe, selon les propres termes de Winston Churchill) savait qu'il n'y avait pas d'issue. Les mesures qu'il prit pour sauver son honneur et empêcher son navire d'être interné constituent l'épilogue de l'histoire du Graf Spee.

Témoignage... Le suicide d'un cuirassé

La fin du Graf Spee
Une foule innombrable était venue à Montevideo de la baie de La Plata et des environs et l'air était chargé d'électricité. La radio avait annoncé que le Graf Spee prendrait probablement la mer ce jour-là et qu'on pouvait s'attendre à une bataille navale visible du port. On prétendait même que des hommes d'affaires américains étaient arrivés par avions entiers pour assister au spectacle.
En fin de matinée, un observateur se rua dans le bureau en annonçant d'une voix excitée : « Des marins quittent le Graf Spee ; nous en avons déjà compté une centaine ! »
Je descendis jusqu'au port et vis que l'échelle de la plage arrière avait été masquée par des toiles ; je remarquai, sur le flanc du cuirassé, une chaloupe entièrement bâchée, si bien qu'il était difficile de savoir qui on embarquait, ou ce qu'on embarquait. Le canot fit un certain nombre de voyages jusqu'au cargo allemand Tacoma ; un observateur eut la chance de suivre le déroulement des opérations à travers une fente pratiquée dans la toile et put compter les hommes qui avaient quitté le cuirassé. Plus tard, toute tentative de camouflage fut abandonnée et, vers le milieu de l'après-midi, le nombre des transbordés atteignit huit cents. Il était désormais évident que, dans ces conditions, le navire ne pourrait pas livrer combat.
A 18 h 15, pavillons de combat flottant à la pomme de ses deux mâts, le Graf Spee leva l'ancre, appareilla et doubla la jetée, suivi de près par le Tacoma. Nous crûmes alors qu'il faisait route vers les eaux argentines. Mais, après avoir parcouru trois milles environ, il mit cap à l'ouest puis s'arrêta ; un mouvement de va-et-vient commença entre le cuirassé et le Tacoma, qui avait, à son tour, mis en panne. Deux grands remorqueurs, appartenant à une compagnie allemande de Buenos Aires firent alors leur apparition, venant du Rio de la Plata, et on nota une recrudescence d'activité autour du cuirassé de poche.
Quelque chose d'extraordinaire se préparait. Frustrée du spectacle d'une bataille, la foule se taisait. Qu'allait-il se produire ? Le temps passa en suppositions de toute sorte et en attente angoissée, mais certains d'entre nous commençaient à entrevoir la vérité, si invraisemblable fût-elle.
Au moment exact où le soleil disparaissait derrière le navire, un nuage de fumée s'éleva et une lueur aveuglante précéda le fracas d'une formidable explosion. Ce fut ainsi que finit le Graf Spee.
Je me trouvais, en 1919, à Scapa Flow lorsque la flotte allemande de haute mer se saborda : la fin du cuirassé de poche de Hitler fut à peine moins dramatique.
Quant à celle de son capitaine, elle fut tragique. Soit pour obéir à certains principe! personnels, soit pour respecter des instruc tions données par Hitler, il se donna la mort dans la nuit du lendemain, à Buenos Aires Le reste de l'équipage fut interné en Argentine dans des conditions assez douces.
Langsdorff aura succombé à la tentation d’un dernier glorieux fait d’armes face à la Royal Navy, et ce sans
l’aval de sa hiérarchie. Raeder lui reprochera d’avoir choisi l’affrontement : « Nous ne disposions à l’étranger d’aucune base pour réparer nos navires, et comme nous ne pouvions les faire appuyer par des forces importantes, dès qu’ils subissaient de graves dommages, ils se trouvaient perdus pour
la guerre de course et n’exerçaient donc plus aucune action sur l’ennemi. Aussi, en cas de rencontre avec celui-ci, les commandants se trouvaient-ils placés devant des décisions extrêmement délicates. Dans l’affaire de l’Admiral Graf Spee, je voyais la faute du commandant dans le fait qu’il eût accepté le combat. […] cette décision était contraire aux instructions qu’il avait reçues. Ainsi que nous l’avons appris par la suite, la traque de l’Admiral Graf Spee n’occupait pas moins de cinq groupes de grands navires, porte-avions et croiseurs dans l’Atlantique Sud. Ces forces devenaient libres du moment où le cuirassé recevait des avaries telles qu’il perdait une partie de sa valeur militaire, donc de sa liberté d’action.
» Les Britanniques critiqueront son choix de ne pas en avoir terminé avec l’Exeter avant de s’attaquer aux croiseurs légers.
A savoir
Les ereeurs de Langsdorff
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