Les canons écrasent les rebelles
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la revolte du Caire contre Napoleon

Le 22 octobre, aux premières lueurs de l'aube, les faubourgs de la capitale recommencèrent à s'agiter. Maîtres de plusieurs portes, les insurgés les ouvrirent à leurs auxiliaires du dehors. Des flots de fellahs et de Bédouins, armés de bâtons, de piques, de sabres, de pistolets et de fusils, se répandirent dans les rues en poussant des hurlements rauques, convaincus que ce jour verrait la mort des régiments français.
Mais aux alentours de la ville, un certain nombre de contre-attaques firent une utile diversion. Sortis à la pointe du jour, les généraux Lannes, Vaux et Dumas avaient échelonné autour du Caire de nombreux détachements d'infanterie et de cavalerie. Chaque groupe de fellahs ou d'Arabes qui se rapprochait des portes trouvait son chemin barré par des troupes françaises qui le refoulaient dans le désert. Grâce à ces opérations, menées avec la dernière vigueur, l'insurrection du Caire fut coupée de la rébellion extérieure.

campagne d'Egypte, la revolte du caire

Grâce aux charges des brigades françaises, presque tous les quartiers du Caire avaient été dégagés. La révolte se trouvait circonscrite à la grande mosquée. Mais elle s'y perpétuait, redoutable et tumultueuse. De nombreux renforts accourus de divers côtés et des armes distribuées à propos avaient galvanisé l'ardeur des combattants. Les imams, les mollahs, les chefs de la conspiration qui étaient tous groupés dans la même enceinte et voyaient tomber leurs têtes si l'insurrection était écrasée, fanatisaient leurs partisans et les adjuraient de repousser toute formule de conciliation.

Mais cette ivresse fut de courte durée. Au même moment, un obus parti de Mokattam vint exploser au milieu des rebelles. C'était le commencement du bombardement. A 4 heures précises, Bonaparte avait donné l'ordre au général Dommartin et au gouverneur de la citadelle de démasquer leurs batteries. Simultanément, des compagnies de grenadiers prirent position en travers des avenues qui conduisaient à la mosquée pour couper aux insurgés toute voie de retraite.
Alors grenades et boulets s'abattirent par centaines sur le foyer de rébellion. « Percée à jour par les projectiles, la mosquée menaçait d'engloutir sous ses ruines la foule campée dans son enceinte. Bientôt, tout le quartier environnant n'offrit plus qu'une scène de dévastation. On n'y voyait qu'édifices incendiés, maisons éventrées de fond en comble. Du sein de ces décombres, où des familles entières. périssaient écrasées, on entendait sortir des cris" horribles ou des gémissements. »

Réduits au désespoir, les rebelles tentèrent une dernière sortie. Mais toutes les issues étaient hérissées de baïonnettes, sur lesquels leurs vagues hurlantes venaient s'embrocher.
L'insurrection agonisa encore pendant deux heures — deux heures durant lesquelles le bombardement se poursuivit sans discontinuer. Le sang ruisselait dans les caniveaux de la mosquée des Fleurs. Enfin, vers huit heures du soir, les chefs de l'insurrection s'avancèrent sans armes vers les soldats français et se jetèrent la face contre terre en criant : « Miséricorde ! »

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La révolte du Caire