La violence de l'incendie de Moscou
rideau
incendie de moscou et napoleon

Le soir du 14 septembre, un globe de feu éclate dans le quartier de la Yaouza et donne l'éveil aux habitants ; une maison est déjà la proie des flammes, tandis que de l'autre côté, près du pont de Pierre, le grand magasin d'eau-de-vie appartenant à la Couronne est en feu. Vers onze heures du soir, l'incendie se propage avec violence dans les boutiques situées près de la Bourse : des magasins remplis d'huile et de suif brûlent comme des torches. Kitai-Gorod, la cité chinoise, n'est plus qu'une flamme !
Et il est toujours impossible de trouver les pompes de la ville... Les foyers d'incendie n'empêchent pas l'Empereur d'aller s'installer au Kremlin où flotte le drapeau tricolore. Napoléon ne peut se défendre d'un sentiment de malaise après avoir traversé ces rues aux maisons mortes, dépeuplées de leurs habitants qui ont fui comme autrefois devant l'approche des Tartares. Caulaincourt remarquera ses traits « altérés ». Ces incendies qui s'allument sans raison apparente l'oppressent. Dédaignant la somptueuse couche des tsars, il s'étend sur son petit lit de fer, enveloppé de rideaux verts que l'on a dressé, à chaque étape, depuis la traversée du Niémen.
Il est brusquement réveillé par son valet de chambre. Toute sa chambre se trouve éclairée par le ciel de Moscou embrasé. Les incendies se sont propagés en d'effroyables proportions. La ville entière est maintenant livrée aux flammes. Suivi de Montesquiou et de Caulaincourt, l'Empereur monte en haut de la tour d'Ivan qui se dresse juste en face du palais à facettes. La vision, du plus haut observatoire de Moscou, est dantesque. Une mer de feu couvre la capitale, une mer dont le Kremlin, telle une île encore intacte, semble être le centre.

napoleon et moscou

La Garde qui occupe la cité du Kremlin pourra-t-elle protéger le berceau de la ville où l'on vient d'installer un dépôt d'artillerie ? L'Empereur redescend néanmoins de la tour et, rentré dans son appartement, essaye de travailler. A chaque instant il se lève, marche, puis se rassied brusquement. Ségur le voit durant toute cette terrible journée parcourir ses appartements d'un pas rapide. Il reprend et quitte encore son travail pour se précipiter à ses fenêtres afin de regarder les eaux de la Moskova qui roulent en reflétant les flammes et semblent un fleuve de sang.
Le soir tombe, le Kremlin parait bientôt cerné, assiégé par l'incendie. Il faut fuir. L'Empereur parvient à se réfugier dans le disgracieux palais de Petrovsk, où Alexandre s'était reposé avant d'entrer dans la ville, la veille de son couronnement.
Bientôt le piquet de la Garde vient reprendre son service. Bien des bonnets d'ourson sont roussis. L'état-major regarde l'épouvantable spectacle : « On voyait une ligne de feu longue de plus d'un mille ; cela ressemblait à un volcan à plusieurs cratères. » Le lendemain, la ville brûle toujours. La cité parait une vaste trombe de feu qui s'élève en tourbillonnant jusqu'au ciel.
On apporte à Napoléon l'affiche apposée par le gouvernement Rostopchine sur le poteau indiquant le chemin de son château : « J'ai embelli pendant huit ans cette campagne et j'y vivais heureux au sein de ma famille. Les habitants de cette terre, au nombre de dix-sept cent vingt, la quittent à votre approche, et moi, je mets le feu à ma maison pour qu'elle ne soit point souillée par votre présence. »
L'Empereur demeure abasourdi par tant de haine. Pendant ce temps les soldats se précipitent au milieu de l'incendie, marchant dans le sang, foulant aux pieds des cadavres, et se livrant au plus affreux pillage.

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Napoléon à Moscou