Le Dos de Mayo... Mort aux français !
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A Madrid, on guette les nouvelles de Bayonne. La fermentation grandit. Murat se pavane toujours à travers la ville dans un équipage magnifique, mais le peuple rit de son habit vert pomme et l'appelle « trognon de chou ». Qui douterait maintenant à Madrid que Napoléon est en train de duper les rois? Dans la garnison espagnole, surtout parmi les artilleurs — corps privilégié — on prépare la révolte. L'Asturien Velarde, le Sévillan Daoïz s'agitent. En secret, ils attisent la colère du peuple. Le mot d'ordre : libérer la patrie du joug des gavachos et de Murat le démon.
A Madrid, de la famille royale seul est resté le jeune infant Francisco. Quand on apprend que l'ordre est venu de lui faire gagner Bayonne, lui aussi, ce n'est qu'un cri : il n'ira pas! Pas un Madrilène n'acceptera de laisser partir l'Infant. Voilà pour les activistes l'occasion tant recherchée. Il faut montrer à ces Français ce qu'est le peuple espagnol. Sans tarder, il faut passer à l'action. On va donc travailler les paysans de la région. Le but : égorger les officiers français, tous conviés le 3 mai à une course de taureau. Ainsi procédera-t-on à des vêpres madrilènes.
Le 1" mai, le complot est découvert. Les officiers français sont invités à demeurer dans les casernes. Néanmoins, en prévision de l'action, des milliers de paysans sont entrés dans la ville. Ils y sont toujours. Va-t-on attendre qu'ils soient partis? Non. Il faut agir. Tout de suite.
Le 2 mai, vers 7 heures du matin, devant le palais royal, deux voitures viennent se ranger. Dans la première, monte l'ex-reine d'Étrurie, fille de Charles IV. Elle tremble de peur, mais elle n'intéresse personne. On la laisse partir.
Mais on apprend vite que la seconde voiture est destinée à l'infant Francisco. Serait-ce qu'on va l'emmener à Bayonne? Serait-ce que Madrid va être privée du dernier prince resté en Espagne ? Tout à coup, dans la foule, un cri :
— Trahison ! Que l'infant ne parte pas! Mort aux Français!

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Par malchance, un aide de camp de Murat surgit, en grand uniforme, image des gavachos haïs. Un nouveau cri :
— Tuez-le ! Tuez-le !
Le voilà entouré, bousculé, assailli de toutes parts. Il tire son épée, se défend. Un peloton de la garde fend la foule, délivre le Français. Mais l'élan est donné à l'émeute. Elle a pris tout son sens : c'est contre les Français qu'on se soulèvera. L'ordonnateur s'agite, magnifique au milieu de ces hommes et de ces femmes en furie. Il s'appelle José Blas Molina, il est serrurier. Sa voix domine tout :
— Garçons, allons nous armer au parc! Mort aux Français!
Partout alentour, les maisons se vident, les rues se garnissent, la colère gagne. De minute en minute, de quartier en quartier, le mouvement s'étend. C'est comme une chasse terrible qui s'est engagée, la chasse aux Français. Tout soldat de Napoléon qui passe malencontreusement, s'il est isolé, est pris à partie, battu à mort, égorgé. Dans les hôpitaux, les blessés ne sont pas épargnés. Sur les troupes qui passent en corps, on jette des tuiles et des pavés arrachés aux cours intérieures. Les hommes de Murat tombent à terre. les crânes éclatent.

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