Infatiguables marcheurs ...
rideau

Quand ils entrent à Vienne en 1805, les hommes de Lannes et de Soult ont parcouru, en treize jours, au moins 250 kilomètres sur de mauvaises routes. Napoléon prétendait gagner ses batailles « avec les rêves de ses soldats » ; en fait, il les gagnait surtout avec leurs jambes. Il fallait aussi tenir compte du fourniment qu'ils devaient porter : le sac, le fusil, les cartouches, la giberne, le tout pesant pas loin d'une trentaine de kilos, sans compter les marmites et les bidons de compagnie qu'on trimbale à deux et qu'on abandonne à la première occasion quitte à le regretter le soir, quand ils manqueront pour faire la soupe.

Tous n'étaient pas aussi solides : après de longues et épuisantes marches, un corps d'armée de 100 000 hommes pouvait laisser derrière lui 20 à 30 000 traînards, qui se répandaient ensuite dans le pays et se livraient au pillage. Dans la Grande Armée, le tiers des hommes était à la traîne et ne prenait pas part au combat.

grognards de napoleon en maraude

La distribution en campagne est théoriquement réglée de façon précise par les bureaux de l'administration de la Guerre. La pratique est toute différente : le désir d'aller vite et d'alléger le soldat amène très souvent Napoléon à prendre le ravitaillement exclusivement chez les habitants des régions traversées ou conquises.
Ce mode d'alimentation, souvent à l'origine de désordres mais aussi de souffrances, conduit l'Empereur à décider, entre autres, le 12 janvier 1810, la distribution par compagnie : huit marmites avec leurs couverts, huit grands bidons et seize gamelles. Il est décidé que des sacs à bretelle devront être fabriqués pour porter ce matériel, prévu pour préparer l'ordinaire par escouade ou groupe de l'ordre de dix hommes. Mais il en va autrement. Le musicien Philippe Girault, dont les Mémoires fourmillent d'anecdotes sur le service des vivres, écrit : « Nous avions la paresse, nous musiciens, de porter la marmite avec nous, aussi fallait-il souvent nous passer de soupe ou attendre qu'une escouade de soldats eût terminé sa cuisine. Quelquefois, lorsqu'il n'y avait pas de distribution du tout, les soldats vivaient de maraude. » Cadet de Gassicourt se trouve dans l'île Lobau en 1809 après la bataille d'Essling ; le problème de nourriture devient crucial, aussi les soldats improvisent-ils : « [...] on a fait la soupe dans les cuirasses des soldats. Faute de sel de cuisine, on l'a salée avec de la poudre à canon. Masséna a voulu en manger et l'a trouvée délicieuse. »

soldat de la grande armee
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Manger, souçis quotidien