Le remplacement
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remplacement du conscrit

Le remplacement était lui aussi un arrangement de gré à gré, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, passé entre deux conscrits de classes différentes et qui n'étaient pas originaires du même canton. Le suppléant était celui qui, dans le cadre du département, s'engageait à partir à la place du conscrit qui l'avait acheté. Si l'arrangement avait lieu à l'arrivée au corps, le suppléant était dit « remplaçant ». Un conscrit qui avait usé une première fois de la substitution pouvait, s'il finissait par être appelé, utiliser ce traité pour ne pas endosser l'habit militaire.
Dans un cas comme dans l'autre, l'homme acheté coûtait cher. Dans la région d'Avignon, par exemple, les prix montèrent de 5 000 à 10 000 francs. C'étaient là des sommes considérables : un hectare de terre valait 900 francs, une bonne vigne 680, un champ d'oliviers 1 000 francs. Seul un fils de notable pouvait les aligner sur la table du cabaret ou bien sur celle du notaire, comme l'habitude s'en prit pour plus de sûreté. Le substituant ou le remplaçant fut souvent un manouvrier qui recevait ainsi plus d'argent qu'il n'en voyait entre ses mains après plusieurs saisons de labeur. Toutefois, des enquêtes menées dans les archives notariales montrent qu'il y eut parfois des artisans ou de modestes cultivateurs qui se saignèrent aux quatre veines pour éviter à leurs fils les champs de bataille de la Grande Armée. Certains hypothéquaient leurs biens, d'autres faisaient appel à leurs parents et à leurs amis. Ils avaient aussi la ressource de payer le remplaçant en plusieurs fois, ce que leur dictait d'ailleurs la prudence : ils étaient ainsi assurés que l'acheté ne déserterait pas en route pour s'offrir une seconde fois.

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