Nourrir son cheval
rideau
hussard de la grande armée

Curieuse monture que celle de Chevillet qui s'était accoutumée à boire du vin en Italie ! Un demi-seau ne la rebutait pas et quand son maître y ajoutait de l'avoine, l'animal retrouvait une vigueur inhabituelle. Pour une anecdote amusante comme celle-ci, combien de témoignages nous prouvant que la nourriture des chevaux, comme celle des hommes, fut toujours l'un des problèmes majeurs des armées napoléoniennes.
Saint-Chamand, par exemple, lors de la campagne de 1807, en Pologne : « Les chevaux étaient plus malheureux que les hommes; après avoir épuisé le peu de ressources qu'il y avait en fourrage dans ce pays ruiné, on fut forcé de leur donner pour toute nourriture, la paille des toits, et cette triste et dernière ressource étant aussi épuisée, la plupart moururent de faim et de misère; je ne parle ici que des chevaux du train d'artillerie et des équipages militaires, qu'on était forcé de garder sur la ligne pour le service de notre corps d'armée, car les chevaux des grands corps de cavalerie et ceux de l'artillerie étaient aux environs d'Elbling et dans l'île de la Nogat, où ils ne manquaient de rien. » En juin 1807, après cette rude campagne, les régiments regagnèrent leurs garnisons, chaque cheval ayant sa musette d'avoine au nez, mais pendant ce temps, les chevaux morts étaient mangés par les loups, les chiens et les corbeaux !

chevaux de la grande armee au repos

En juin 1809, un ordre du jour du général Dorsenne stipule que pour toutes les armes et les états-majors, la ration est fixée à 20 livres de paille et 13 livres d'orge; à défaut d'orge, il doit être donné deux rations de paille pour une d'orge.
Lecop, des grenadiers à cheval de la Garde, nous apprend que pour mieux préparer la lointaine campagne de Russie, il avait été prévu de distribuer une faucille et une faux pour dix hommes.
Le principal souci du cavalier est bien sur de pouvoir nourrir correctement sa monture. En Espagne comme en Russie, les difficultés ne manquèrent pas; écoutons Desvemois «On ne faisait aucune distribution de paille ni d'avoine pour les chevaux. De deux jours l'un, seulement, on distribuait une ration d'orge; pour la paille c'était aux chasseurs à s'en fournir en parcourant le pays quelquefois à trois lieues de distance du cantonnement; il fallait en outre se procurer des filets au frais du corps, à raison d'un filet pour deux chevaux, parce que la paille était hachée; le filet rempli contenait environ soixante kilogrammes de paille, chaque cheval en portait deux avec son cavalier; cette provision durait deux jours, après lesquels il fallait retourner à la paille, faire six lieues par toutes sortes de temps et de chemin, ce qui fatiguait excessivement les hommes et éreintait les chevaux : leur maigreur faisait mal à voir... »
Le témoignage de Combe est tout aussi dramatique : «Nos pauvres chevaux passaient une partie de la nuit à broyer péniblement le vieux chaume qui, depuis bien des années, servait de toiture à des huttes de paysans (...) J 'avais été obligé d'abandonner mes deux belles juments, ne pouvant trouver à les nourrir. Mon pauvre cheval polonais grattait la neige avec ses pieds de devant pour découvrir la mousse ou quelques brins d'herbe, se soutenait encore. »
Parfois il n'y a ni vivres, ni fourrages, les chevaux des paysans sont tous volés, les chevaux font l'objet d'un commerce effréné, on vole des selles, on se bat pour une bride !

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