La dextérité du chirurgien Larrey
rideau
grognard blessé sur le champ de bataille

Le corps sanitaire, à la bataille d'Iéna, n'a pratiquement pas de matériel. Il a été acheminé sur des charrettes bavaroises et la pluie a rouillé les instruments de chirurgie, détrempé la charpie. Les troupes ont murmuré au passage d'un chariot d'où dépassent béquilles et jambes de bois. Des scies sont réquisitionnées chez un quincaillier, du linge à pansement est dérobé dans les maisons abandonnées. Le même jour, Davout culbute les 70 000 soldats de Brunswick. Complètement débordé, épuisé, le service sanitaire laisse sur le terrain à Iéna 3000 blessés, sans nourriture et sans soins, pendant deux jours. Napoléon, craignant l'indignation que créeraient les récits des blessés rapatriés, interdit leur évacuation sur la France. Ils vont s'entasser dans les hôpitaux d'Erfurt.

le chirurgien larrey

Au matin d'Iéna, le chirurgien Larrey s'est installé dans une maison qu'il a dû défendre pied à pied contre Caulaincourt qui veut la réquisitionner pour l'Empereur. Pendant vingt-quatre heures, sans repos, sans nourriture, sans même satisfaire aux plus puissants besoins que prescrit la Nature, le chirurgien sectionne, désarticule, tranche et recoud. Une tempête de neige souffle avec violence, la température descend à moins quatorze degrés. Les aides, les doigts paralysés par le froid, n'arrivent plus à opérer et se contentent de passer les instruments, puis laissent tomber bistouris et scalpels. En une journée, Larrey, sans paraitre touché par la fatigue, arrive à pratiquer deux cents amputations. Il lui faut moins de deux minutes pour désarticuler l'épaule d'un blessé. Celui-ci, généralement assis sur un tambour, supporte sans broncher l'opération, hurle : Vive l'Empereur, si la douleur est trop forte, avale ensuite un verre de vin ou de quin­quina si l'approvisionnement le permet, et laisse la place au suivant.

A cette même bataille, Marbot, le futur général, eut le pied gelé. La gangrène se déclara sur une ancienne blessure. Le docteur Raymond trancha au bistouri jusqu'à l'os et, raconte le blessé, montant sur une chaise, trempa une éponge dans du vin chaud sucré, qu'il fit tomber goutte à goutte dans le trou qu'il venait de creuser dans mon pied. La douleur devint intolérable ! Je dus néanmoins, pendant huit jours, subir soir et matin cet affreux supplice, mais ma jambe fut sauvée.
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