Les blessés sur l'île Lobau...
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Les blessés sur l’île Lobau

Dès les premières heures, il y eut une telle affluence de blessés que le service fut débordé : majors et infirmiers ne suffisaient plus à la tâche. Les ravitaillements étaient arrêtés. Plus de lits. Pas même de paille ; pas de nourriture. Et cependant, il fallait abriter alimenter, soulager tous ces malheureux. Dans ce désarroi, tout le monde criait. Les blessés invectivaient les médecins :
— Pansez-nous, disaient-ils, ou achevez-nous...
Les aides-majors et les infirmiers criaient contre l'Empereur.
«A qui imputer cette responsabilité, écrit le sous-aide major Sylvestre Eynard, si ce n'est à Napoléon, qui, puisqu'il voulait faire des guerres aussi gigantesques, aurait du avoir un bon corps d'officiers de santé, bien approvisionner les ambulances, au lieu de se contenter de lever son chapeau, par un respect simulé, lorsqu'il rencontrait un convoi de malheureux blessés. .

Les jeunes aides-majors n'étaient autorisés qu'à couper des doigts ou des orteils. Il fallait avoir plusieurs galons pour faire tomber un bras ou une jambe, a dit le docteur Raoul Baudet. Il fallait être Larrey pour amputer un membre tout entier, désarticuler une hanche ou une épaule. Ces redoutables opérations, qu'on n'osait plus tenter, il les avait réinventées.
Vers le soir, l'un des deux ponts de bateaux établis sur le grand bras du Danube, rompu sous la poussée d'une crue aussi subite que violente, put être rétabli. Des renforts arrivèrent. Sans prendre un instant de repos, Larrey, secondé par ses aides, commença aussitôt à venir en aide aux blessés qui, isolés, sans le moindre secours, avaient tant attendu que le contact fut rétabli. Tard dans la nuit, il poursuivit sa sanglante et humaine besogne, tandis que sur la rive gauche du Danube, tonnaient encore quelques canons, bruits sourds d'une bataille qui s'achevait.
Le combat qui venait de se dérouler avait été sans résultats. Sans doute, vingt mille Français avaient-ils accompli cet exploit homérique de tenir tête pendant tout un après-midi à cent mille Autrichiens. Seulement, rien de pratique ne découlait de cette lutte pour ainsi dire au corps à corps : l'armée ennemie avait été repoussée, mais non vaincue. Il fallait donc recommencer à se battre.

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