Le feu, la corde et l’eau
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torture inquisition

Le suspect peut se reconnaître coupable. C'est l'aveu qui règle tout. S'il n'avoue pas, il peut être reconnu coupable par preuve testimoniale. L'inquisiteur accepte les témoignages d'infâmes : voleurs, assassins, prostituées, ex­communiés. Ils sont valables. Mais les noms de ces témoins sont tenus secrets : le suspect, déjà inculpé, peut-être, ne sait pas qui l'accuse.
L'inquisiteur est libre, pour obtenir l'aveu, d'employer le système de contrainte qui lui plaît. La chose la plus simple et qui donne souvent — pas toujours cependant — de bons résultats à Bernard Gui, est de consigner le suspect, des jours durant à la porte de l'inquisiteur. La honte, la crainte des quolibets du public poussent l'homme aux aveux pour en finir.
Puis il y a la détention qui, prolongée, « donne l'intelligence ». Entendez : qui fait comprendre l'intérêt qu'on peut avoir à dire la vérité. On la combine avec le jeûne. Le séjour dans la nuit, l'humidité de cachots presque toujours affreux — dans certains, l'homme ne peut s'étendre ; dans d'autres, en forme d'oeuf, il ne peut pas se tenir debout —, la présence des rats qui attaquent le malheureux incapable de se défendre, avec entraves aux poignets, chaînes aux chevilles, tout pousse le détenu à tenter de se libérer par l'aveu exigé.
S'il ne cède pas, l'inquisiteur emploie la torture à proprement parler, le feu, la corde (l'estrapade), l'eau, sous la seule réserve que l'inculpé ne doit être ni mutilé, ni mis en danger de mort. Cependant, les registres ne mentionnent jamais son application. C'est qu'au sortir des mains des tourmenteurs, le patient est interrogé à nouveau, et soi-disant librement, pour qu'il confirme ses aveux.
Clément V, alerté par les plaintes contre les excès de la torture — l'inquisiteur voulait à tout prix savoir, et le plus souvent, créait le crime par son obstination imbécile — essaya d'imposer la règle selon laquelle la mise à la question, ainsi que la surveillance des prisons appartiendraient conjointement aux évêques et aux inquisiteurs. Mais Bernard Gui, entre autres — et l'on peut croire que la réaction fut à peu près générale — cria, protesta. Et ses protestations n'ayant pas eu d'effet, il s'entendit avec les évêques, plus ou moins dominés par lui et qui lui déléguèrent leurs pouvoirs.

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