Vaste champ de carnage
rideau
massacre de béziers

Ils sont si sûrs de leur force, les Biterrois, qu'ils sortent sur les pas de l'évêque. Oh ! c'est une sortie pour rire. Ils avancent au-devant des Croisés et les narguent, mais ceux-ci ne s'en aperçoivent pas tout d'abord, trop occupés qu'ils sont à établir le camp et à préparer le déjeuner.
« Ces vilains, nous dit Guillaume de Tudèle, qui sont plus fous et simples que la baleine avec leurs bannières blanches de grosse toile, ils vont courant par l'ost, criant à haute voix, ils croient les épouvanter comme on chasse les oiseaux d'un champ d'avoine, en criant, huant et en agissant leurs drapeaux... »
C'est encore la fête, mais le drame va éclater, soudain, comme un tremblement de terre.
Sur leur chemin, les assiégés trouvent un soldat croisé. Sans doute, inconscient du danger, celui-ci s'était-il approché des murs pour s'assurer de leur solidité. Ils saisissent le malheureux isolé, le rouent de coups et le jettent dans le fossé.
Tout près de là se trouvent un important groupe de « ribauds ». C'est ainsi qu'on nomme les valets à moitié civils et à moitié militaires. Ceux-ci ont vu se dérouler la scène, et ne peuvent y croire. Ils voient leur camarade tombé à l'eau, et les bourgeois qui gesticulent et, par défi, leur lancent quelques flèches perdues. Fous de colère, ils saisissent en hâte la première arme qui leur tombe sous la main et se ruent à l'attaque.
Un beau désordre en résulte. Les bourgeois, pris à l'improviste, prennent aussitôt la fuite, talonnés par les ribauds. Les portes sont encore grandes ouvertes et tous s'y engouffrent pêle-mêle. D'autres ribauds, des paysans, et des auxiliaires qui n'ont jamais tant combattu, se précipitent à leur tour dans la mêlée.
La furie est à son comble, la clameur devient immense. Les seigneurs qui, un peu plus loin, sont en train de s'installer dans leurs tentes, comprennent qu'il se passe quelque chose d'important. Ils s'arment et arrivent dans la ville en pleine panique.
La grande boucherie a commencé. Les ribauds, que rien ne peut plus retenir, pillent, frappent, massacrent tout ce qui leur tombe sous la main. Les curés ont beau faire sonner les cloches et proclamer que les églises où les habitants, affolés, commencent à s'entasser, doivent être autant de refuges inviolables, rien n'y fait.
L'église Sainte-Madeleine, dont c'est aujourd'hui la fête, est pleine à craquer et les réfugiés y prient, mais les lourdes portes volent en éclats : femmes, enfants, vieillards, ils y passent tous. Plus de 7 000 victimes, assurent certains chroniqueurs.
Béziers hurle sa douleur, Béziers n'est plus qu'un vaste champ de carnage !

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Le massacre de Béziers