Le massacre des arbalétriers Génois ...
rideau
avant la bataille de Crecy pendant la guerre de cent ans
" Dans les deux camps, on s'apprête au combat. Philippe VI fête la Saint-Louis, tandis qu'Edouard III réconforte ses hommes. Le lendemain matin, il écoute la messe et communie avec son fils, le fameux Prince Noir, et tous les grands barons, puis il établit son dispositif de défense. La butte est protégée par un fossé et des haies. Au seul endroit accessible à cheval, il installe son fils, avec des hommes d'armes, des archers et des piquiers. Un deuxième corps d'hommes d'armes et d'archers complète la formation, et le roi lui-même commande la réserve, composée de cavalerie, prêt à soutenir les rangs qui plieraient les premiers.
A midi, les Anglais, qui ne voient toujours rien venir, déjeunent tranquillement, puis ils regagnent leur place et s'asseyent, « leurs bassinets et leurs arcs devant eux, se reposant, pour être plus frais et plus nouvel quand leur ennemi viendrait ».
Entre-temps, l'armée française a quitté Abbeville dans le plus grand désordre. Les premiers cavaliers ne mettent que quelques heures pour arriver à Crécy, et ils jaugent rapidement la situation : les Anglais, frais et dispos, occupent une position forte. Il paraît préférable de remettre la bataille au lendemain, le temps que toutes les troupes françaises prennent position et soufflent après la longue route parcour)ue sous un soleil brûlant. Le roi de Bohême préconise lui aussi la prudence.Philippe VI approuve, et ordonne à son avant-garde de dresser le camp. Les premiers escadrons mettent pied à terre, mais ceux qui les suivent ne comprennent pas l'ordre et continuent d'avancer ; ils pensent qu'on va les laisser en arrière et qu'ils ne retireront aucun honneur du combat, qui a peut-être déjà commencé."
Avec l'aimable autorisation des éditions Aubéron
les genois à la bataille de Crecy
" A droite, à gauche, devant, les chevaliers, lances hautes, bannières ondoyantes, formaient trois groupes désordonnés, entourés de milliers de piétons allant de front sur une demi-lieue, de sorte qu'au loin, leurs barbutes, chapelines et bicoquets, leurs sarraus cloutés ou renforcés de mailles semblaient de grosses gouttes mouvantes. Oui, c'était beau. Beau comme ce que les Grecs appelaient tragédie.
Obéissant à une sonnerie de trompe, cinq à six mille piétons anglais qui, jusque-là, s'étaient tenus à l'abri des troncs, des branches, des fagots et des ridelles de charrettes renforçant de loin en loin certains points sensibles de leur défense, venaient de se lever d'un coup. Ils étaient tous coiffés d'une barbute, et comme aucun acier ne luisait à leur poing, ce ne pouvait être que des archers. Voyant ces milliers de statues de fer, la plupart des piétons ahuris reculèrent. Les chevaliers aventurés sur la pente furent saisis par la stupéfaction, le doute, l'incertitude. Constatant enfin l'absence de tout commandement, certains tournèrent bride dans l'intention de repartir vers les bosquets ; ceux qui en venaient hurlèrent à la couardise. On vit certains chevaliers arrivés de l'arrière menacer de leur épée les indécis afin de se frayer parmi eux un passage, et même en frapper quelques uns, tandis que l'armée anglaise, immobile, silencieuse et fière sous son toit de bannières et de pennons flamboyants, assistait à cette discorde fratricide sans précédent de mémoire de guerrier.
Sur un ordre de l'un d'eux, tous manoeuvrèrent le cric de leur arbalète, armèrent sa gorge d'un carreau et tirèrent, décidant des milliers d'autres à en faire autant. Dix mille traits, peut-être davantage, volèrent vainement vers l'ennemi. On vit quatre Anglais tomber, puis cinq ou six autres. Rien que cela. Les Génois avaient décoché leurs carreaux sans viser, sans estimer, semblait-il, la distance qui les séparait du haut de la colline. Tous moulinaient et rechargeaient leur arme. "
Avec l'aimable autorisation des éditions Aubéron
massacre des genois par la chevalerie française à la bataille de Crecy
" On vit les hommes de la Compagnie blanche et tous les archers de la première ligne, de Crécy à Wadicourt, bander leur arme au même instant.Plus de dix mille sagettes ajustées vrombirent dans le ciel comme des essaims de frelons, et leurs pointes acérées n'avaient pas encore atteint leur but qu'une nouvelle nuée rayait l'azur assombri.
Devant les chevaliers, par centaines, les arbalétriers et les piétons s'effondraient en hurlant. Certains, percés de plusieurs traits, se figeaient sur le sol ; d'autres y remuaient comme des épileptiques avant le dernier sursaut ; d'autres rampaient en réclamant de l'aide.
Et la mortelle pluie continua. Arrachés à leur étonnement, les Génois et les soudoyers de France, effarés, effrayés, chancelants, reculèrent. Ils abandonnèrent leurs armes et leurs blessés pour courir vers les chevaleries dont les maréchaux hésitaient à lancer la charge. Les vougiers, picquenaires et guisarmiers des derniers rangs, que les sagettes avaient épargnés en raison de leur éloignement, pris dans ce reflux irrésistible, coururent, eux aussi, pour chercher un abri derrière les armures."
Avec l'aimable autorisation des éditions Aubéron
les chevaliers français à la bataille de Crecy
" Devant, dans le grand champ, la mort pleuvait à verse. Et comme les premières grappes de piétons hagards, essoufflés, désarmés et blessés parvenaient à quelques toises des trois ou quatre mille guerriers à cheval, bassinet clos, épée nue ou lance oblique, prêts au grand galop, le roi furieux commanda :
Or, tuez toute cette ribaudaille, car ils nous empêchent la voie sans raison !
Qu'on tue tout ! hurla Alençon. Ils nous ont porté plus d'empêchement que d'avancement !
Les chevaliers galopèrent vers les piétons  pour les embrocher, les étriper de leur lance. La Chevalerie de Philippe VI entamait sa ruée sur les Anglais en massacrant à grand plaisir ses hommes d'armes et ses mercenaires.
Édouard III et ses maréchaux firent allonger le tir. Les flèches godonnes, en pluie serrée, tombèrent sur ces justiciers d'une espèce inconnue, crevant leurs défenses de fer et les jetant à bas de leurs chevaux hennissant de douleur et de peur, de sorte qu'un grand hurlement de fureurs et de souffrances mêlées monta bientôt des trois cavaleries virevoltantes, tellement occupées à occire du piéton épouvanté qu'elles s'offraient aux tirs des adversaires sans que la plupart de ceux qui les composaient eussent conscience du péril auquel leur inepte courroux les exposait."
Avec l'aimable autorisation des éditions Aubéron
Les textes de cette page sont des extraits de la Fête écarlate de Pierre Naudin des éditions Aubéron.
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La Guerre de cent ans