La Tour de Nesle. Un crime de haute trahison
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le scandale de la Tour de Nesle
Le cas des deux écuyers était impardonnable. En droit féodal, l'adultère commis avec la femme de son seigneur était assimilé au crime de haute trahison et puni de mort. Mais de plus, le crime de frères d'Aunay s'aggravait de lèse-majesté puisqu'il s'agissait de princesses royales. Ils furent savamment et longuement torturés. Philippe d'Aunay finit par avouer qu'il était l'amant de Marguerite, reine de Navarre, et Gainier, de Blanche, comtesse de la Marche. L'un et l'autre, sous l'empire de la douleur, donnèrent tous les détails de leur double liaison qui remontait à deux ans et demi, les lieux de leurs rencontres, les noms de leurs complices. Interrogées, mais non torturées, les princesses commencèrent par nier. Les aveux des frères d'Aunay les confondirent. Marguerite et Blanche reconnurent leur faute. Quant à Jeanne, elle protesta avec tant de véhémence qu'elle impressionna ceux qui l'interrogeaient, mais enfin elle était coupable de ne pas avoir dénoncer les fautives, sinon même d'avoir facilité les rendez-vous.
la Tour de Nesle
Marguerite et Jeanne furent dépouillées de leurs atours, tondues et conduites dans la forteresse de Château-Gaillard. Jeanne implora le pardon de Philippe le Bel, réclama vainement un jugement contradictoire. Elle fut menée au château de Dourdan dans un chariot bâché. Tout au long du chemin, elle criait aux passant : « Pour dieux, dites à mon seigneur Philippe que je meurs sans péché ! »
L'exécution des frères d'Aunay eut lieu à Pontoise et fut une boucherie. ils furent roués, écorchés vifs, châtrés, puis décapités et l'on suspendit leurs dépouilles sans tête à un gibet. On rapporte que Blanche et Marguerite, enfermées dans leur chariot, assistèrent à ce supplice. De là, elles gagnèrent Château-Gaillard.
Marguerite fut placée à dessein dans une salle haute, copieusement éventée. Elle passait ses journées à se lamenter, à pleurer. Elle ne put résister à l'humidité glacée et aux courants d'air, et mourut bientôt. Blanche s'accrochait à la vie ; elle espérait obtenir son pardon. On l'avait enfermée dans une salle basse, moins inconfortable. Elle se consola comme elle le put et devint grosse de son geôlier. Au bout de sept ans de captivité, on l'interrogea à nouveau, non pas sur l'adultère avec Gautier d'Aunay, mais parce que son époux voulait faire annuler leur mariage : en droit canonique, l'adultère n'était pas un cas d'annulation ! Au cours de cet interrogatoire, elle se montra fort calme, résignée, presque rieuse. Tant de bonne volonté méritait récompense ! On lui permit de se retirer à l'abbaye de Mauhuisson, où elle mourut en 1326. Quant à Jeanne, ses protesta­ions d' innocence portèrent leurs fruits. Après la mort de Philippe le Bel, son époux la reprit et, par la suite, elle devint reine de France.
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