Au Mans, la ripaille... puis la boucherie
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guerre de vendée

Après avoir subi cet échec sous les murs d'Angers. les Vendéens poursuivent leur course à travers la campagne aussi bien pour fuir les troupes républicaines lancées à leurs trousses que pour se procurer les vivres qui leur manquent. Les villes de Jarzé et de Baugé les voient passer.
L'Armée catholique et royale — du moins ce qu'il en reste — traîne toujours a sa suite son pitoyable troupeau de femmes et d'enfants. Beaucoup succombent en cours de route victimes du froid et de la maladie. Chaque bivouac. abandonné au petit jour, est jonché de cadavres qui demeurent là sans qu'il soit possible de leur donner une sépulture tellement ils sont nombreux.
Le samedi 7 décembre. les Vendéens sont à La Flèche (Sarthe) d'où ils délogent les six mille hommes du général Chabot. Deux jours après celui-ci veut reprendre l'offensive. mais cette fois encore il est battu. Le général Westermann n'a pas plus de chance. Lui aussi est repoussé par cette armée de spectres en haillons qui ne dispose plus que de trente canons et d'une quinzaine de milliers d'hommes en état de se battre.
Après La Flèche, voici Le Mans d'où les archives ont été déménagées. où l'on vit dans l'appréhension.
L'Armée catholique et royale y arrive le mardi 10 décembre après avoir parcouru 40 kilomètres sans halte.
Elle bouscule à Pontlieu quatre mille Républicains qui assurent la protection de la ville et, balayant la garnison. investit Le Mans sans coup férir tandis que les autorités s'enfuient en direction dAlençon et de Chartres.

Le Mans... Quelle aubaine pour des hommes qui depuis des semaines sont privés de tout et doivent se contenter d'une mauvaise et maigre nourriture. La ville est bien ravitaillée et on y trouve des vivres en abondance.
Des vivres et surtout du vin...
Les hommes. affamés. font cuire de grands quartiers de viande et mettent en perce les tonneaux qu'ils trouvent dans les caves. Nombreux sont alors ceux qui sont complètement ivres et qui, ne pouvant plus marcher, tombent dans les rues et. comme à Châtillon deux mois avant. s'endorment sans se soucier de ce qui peut se passer autour d'eux.
Fort heureusement quelques détachements, sans doute mieux commandés. veillent aux portes de la ville. Ce sont ces braves qui, à plusieurs reprises, repoussent victorieusement les Républicains qui tentent de reprendre Le Mans.
Les chefs royalistes tiennent conseil à l'hôtel de la Biche. place des Halles. Les uns vou draient laisser leurs hommes se reposer pendant quelques jours. Les autres veulent continuer la marche en direction de Paris. La Rochejaquelein hésite. Il sait que ses soldats sont épuisés et qu'ils ne veulent pas continuer à se battre loin de leur pays.
Or deux armées viennent de se concentrer près de La Flèche et se préparent a passer à l'attaque.
Le jeudi 12 décembre, les troupes de Westermann. de Marceau et de Kléber parviennent pénétrer dans la ville où elles se heurtent à une vive résistance de la part des soldats groupés autour du prince de Talmont. La Rochejaquelein, de son côté. veut contourner l'ennemi mais cette audacieuse manoeuvre ne peut réussir car. à chaque instant, les Bleus reçoivent de nouveaux renforts.
Les Vendéens maintenant se réfugient dans les maisons qu'ils transforment en véritables fortins et d'où ils mitraillent leurs adversaires.

bataille du Mans
On se bat pendant toute la nuit et des deux côtés les combattants sont épuisés. Westermann lui-même à bout de forces s'endort à quelques mètres de l'ennemi.
On assiste alors à une telle tuerie que Kléber et Marceau indignes font cesser le feu et l'on voit les grenadiers des régiments d'Armagnac et d'Aunis protéger les royalistes afin de leur permettre de s'enfuir.
Chez les femmes. les vieillards et les enfants. c'est l'affolement et les malheureux ne savent pas de quel côté se diriger pour fuir la boucherie. Il faut que quelques hommes courageux les sauvent en contenant les Républicains.
Le vendredi 13, les Bleus sont totalement maîtres de la situation. Westermann. moins généreux que Kléber et que Marceau, continue à faire égorger les survivants. On dit qu'environ 15000 personnes ont trouvé la mort au cours du combat. Des femmes sont violées puis massacrées.
Le général Kléber dira plus tard.
— On ne saurait imaginer le carnage qui se fit ce jour-là.
C'est près du Mans que la mère de Jean Chouan va trouver la mort. Ayant suivi l'armée royaliste elle se trouve au Mans au moment de la défaite et, malgré les conseils de son fils, elle veut prendre un peu de repos avant de s'enfuir. Quand elle veut quitter la ville elle est prise dans la foule des fuyards, renversée à terre, piétinée et affreusement blessée par les roues d'un chariot qui lui passe sur le corps. Relevée par deux de ses compatriotes, elle expire dans une maison abandonnée où ceux-ci l'ont transportée.
Après la mort de sa mère, Jean Chouan quitte l'Armée catholique et royale et s'en retourne en Mayenne, dans le bois de Misedon. Ainsi lui et ses compagnons vont échapper au massacre de Savenay.
Aux environs du Mans. le carnage se poursuit. On assiste à des scènes qu'il est difficile de décrire et si certains Républicains font preuve de générosité. d'autres se déchaînent avec sauvagerie. C'est ainsi qu' l'on voit l'un d'eux conduire dans sa maison des femmes et des enfants en leur disant qu'ils vont y trouver un lieu de repos et un asile sûr. Arrivés là. les fugitifs sont reçus par des soldats qui les égorgent sous les yeux de leur complice. La fille de ce misérable, indignée, intervient alors pour sauver plusieurs de ceux que son père veut conduire à la mort.
bataille de le mans

Certains Vendéens qui ont échappé à la tuerie sont arrétés et vont subir une dure captivité en attendant d'être fusillés. Dans un récit écrit pour sa famille. Mlle Isidore de Gourcuff. qui est tombee entre les mains des Républicains. a donné ses impressions.
« Après nous avoir fouillés et pris ce que nous avions. l'on nous conduisit à l'état-major pour décider si on nous fusillerait. Plusieurs étaient d'avis de ne faire gràce qu'à celles qui n'avaient pas 15 ans. Nous les avions presque toutes... Le moment le plus périlleux pour nous. ce fut quand nous traversâmes la ville pour aller en prison. Nous passâmes au milieu de l'armée des Mayençais et nous entendions dire qu'il fallait nous fusiller.
Nous marchions sur les corps morts et dans des ruisseaux de sang. entendant continuellement des cris de personnes qui demandaient qu'on les achevât, d'autres qu'on jetait par les fenêtres et qui étaient reçues au bout d'une pique... Notre prison fut un autre suplice. Je fus transférée trois fois. La seconde. nous fûmes mis dans une église. hommes et femmes n'ayant de pain que tous les trois jours. tous malades et mourant de faim. couverts de poux, pas seulement de place a s'allonger, obligés de rester debout ou assis, ce qui n'est pas commode pour dormir. Tous les jours il mourait 7 à 8 personnes. »
Il faut cependant rendre hommage a ceux qui surent se montrer humains, tels ces grenadiers de Marceau qui sauvent Mlle Angélique des Melliers et la conduisent à leur chef. Celui-ci prend la jeune fille sous sa protection et il va la placer à Laval chez des personnes auxquelles il demande de la soigner. Hélas. quelques semaines après. Angélique est arrêtée et condamnée à mort. Prévenu. Marceau intervient auprès du Comité de Salut de Paris et obtient la grâce de sa protégée mais quand il arrive a Laval pour la faire libérer, la tète d'Angélique vient de tomber sous le couperet de la guillotine.
Revenons aux rescapés du Mans qui, pourchassés. se dirigent maintenant vers Ancenis ou La Rochejaquelein espère qu'il sera possible de passer la Loire.

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La virée de Galerne