L'ultimatum à Nantes
rideau
chouan

Après la prise de Saumur. Lescure voulait rentrer en Vendée : Cathelineau proposa d'occuper Angers. puis de marcher sur Nantes. La prise de ce grand port permettrait de recevoir l'aide de l'Angleterre et de s'allier solidement aux Chouans de Bretagne. Nantes pourrait devenir la capitale de l'Ouest insurgé. Mais, pour s'emparer d'une cité aussi importante, l'aide de Charette serait nécessaire.
Jusqu'à ce moment, nous dit Mme de La Rochejaquelein. la Grande armée n'avait pas eu la moindre relation avec M. de Charette. M. de Lescure, ayant du loisir à la Boulaye, lui écrivit une lettre polie pour le féliciter d'une affaire brillante et célèbre qui lui avait livré Machecoul. M. de Charette répondit par des compliments a notre armée sur ses succès et spécialement sur la prise de Saumur. La lettre de M. de Charette. comme celle de M. de Lescure, exprimait le désir d'établir des rapports entre les deux armées et de combiner leurs opérations. M. de Lescure envoya aussitôt un courrier à Saumur pour faire part aux généraux de la démarche qu'il venait de faire. Ils furent très satisfaits des dispositions que montrait M. de Charette.

embuscade de chouans

Il fut donc décidé que les deux armées royales attaqueraient ensemble la grande ville républicaine.
Les Blancs, quittant Saumur. revinrent vers Angers dont ils s'emparèrent sans difficulté. Ils n'y restèrent que trois jours. Le 20 juin. avant de quitter Angers, les généraux adressent à la garnison de Nantes cet ultimatum :
— Messieurs, aussi disposés à la paix que préparés à la guerre. nous tenons d'une main le fer vengeur, et de l'autre le rameau d'olivier. Toujours animés du désir de ne point verser le sang de nos concitoyens et jaloux d'épargner à cette ville le malheur incalculable d'être prise de vive force : après en avoir délibéré en notre conseil, réuni au quartier général a Angers. nous avons arrêté à l'unanimité de vous présenter un projet de capitulation dont le refus peut creuser le tombeau de vos fortunes, et dont l'acceptation, qui vous sauve, va sans doute assurer à la ville de Nantes un immense avantage et un honneur immortel.
En conséquence. nous vous invitons à délibérer et statuer que le drapeau blanc sera de suite, et six heures après la réception de notre lettre, arboré sur les murs de la ville.
Que la garnison mettra bas les armes et nous apportera ses drapeaux.
Que toutes les caisses publiques, tant du département. du district. de la municipalité. que des trésoriers et quartiers-maîtres. nous seront pareillement apportées : que toutes les armes nous seront remises : que toutes les munitions de guerre et de bouche nous seront fidèlement déclarées : et que tous les autres effets, de quelque genre que ce soit, appartenant à la République. nous seront indiqués et livrés, pour que par nous il en soit pris possession au nom de Sa Majesté Louis XVII, roi de France et de Navarre, et au nom de Monseigneur le Régent du royaume.
Qu'il nous sera remis pour otages les députés de la Convention nationale. de présent en mission dans la ville de Nantes et autres dont nous conviendrons.
A ces conditions, la garnison sortira de la ville sans tambours hi drapeaux : des officiers seulement avec leurs épées et des soldats avec leurs sacs. apres avoir fait serment de fidélité à la religion et au roi, et la ville sera preservée de toute invasion, de tout dommage et mise sous la sauvegarde et protection de l'armee Catholique et royale. En cas de refus. au contraire. la ville de Nantes. lorsqu'elle tombera en notre pouvoir, sera livrée à une exécution militaire et la garnison passee au fil de l'épée.

Mais à Nantes. il y a deux bons généraux, Canclaux, officier de l'ancienne armée devenu républicain et Beysser. Il y a aussi le maire Baco. ardent patriote. L'énergique proclamation de Beysser aux habitants s'achève sur un ton tragique :
— Si par l'effet de la trahison ou de la fatalite cette place tombe au pouvoir des ennemis. je jure qu'elle deviendra leur tombeau et le nôtre, et que nous donnerons à l'univers un grand exemple de ce que peuvent inspirer à un peuple la haine de la tyrannie et l'amour de la liberté.
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Les défaites des Blancs