Cela n'a servi à rien !
rideau
Barère

Aux réactions des municipalites vont bientôt s'ajouter celles de quelques représentants, Lequinio principalement, député du Morbihan à la Convention après l'avoir été à la Législative. Lequinio s'était pourtant avéré un impitoyable bourreau lorsque, quelques mois auparavant, il n'avait pas hésité à faire fusiller, à Fontenay-lePeuple, quelque cent prisonniers, en tuant un de sa main ; Lequinio qui avait écrit : ‘< Si la population qui reste sur les territoires en insurrection n'était que de quarante mille personnes, le plus court serait de tout égorger ! » Eh bien Lequinio va devenir le grand adversaire de Turreau dans un rapport au Comité de Salut public en date du 12 germinal (1er avril) avec le récit des crimes les plus accablants des Colonnes infernales et en mettant lui aussi l'accent sur les actions contre les patriotes.
Et les sentiments du Comité et de la Convention vont se préciser chaque jour davantage. Ainsi Faurès, député des Sables. s'écrie à la tribune de l'Assemblée :
-- Il ne cesse de nous parvenir des détails. plus affreux les uns que les autres, sur les crimes dont se sont souillés quelques généraux indignes de servir la République. Je vous dis, citoyens, qu'il est de l'intérêt de la Nation d'en effacer jusqu'au souvenir. »
Barère à présent, Barère, l'homme du 1er août :
Le Comité de Salut public espérait toujours que l'armée de l'Ouest s'occuperait bien plus de détruire les brigands que de sacrifier les habitants et détruire les fermes, les villages et les récoltes et la troupe royaliste, naguère éparse, s'est grossie de tous les mécontents que l'on doit à l'exécution barbare d'un décret dans un pays qu'il fallait seulement désarmer et administrer avec les bras nerveux d'un pouvoir militaire et révolutionnaire.
Ainsi Barère, fort hypocritement, désavouait les terribles mesures qu'il avait préconisées.

Alors Turreau, soudain, prend peur. Il va maintenant plaider coupable et changer totalement, humblement, de tactique. Il triomphait cependant, il y a quelques mois, et voici qu'il avoue :
« Tout ce qui m'a été conseillé de faire n'a abouti à rien. Les brigands se battent sur les ruines de leurs chaumières comme tant d'autres se battent pour préserver les leurs si elles étaient debout. Plus de cent Représentants et généraux sont venus s'user dans ce pays maudit. Cela
tient au courage fabuleux des brigands. Il y a quelque chose de surnaturel dans cette opiniâ treté dont aucun peuple n'a jamais donné l'exemple. Il faut abandonner ce système, c'est le seul moyen qui nous reste pour triompher d'un acharnement inexplicable. Nous avons été durs, essayons des voies de douceur. »

turreau
Il en était bien temps. Ses promenades avaient fait près de deux cent mille victimes !
Turreau, relevé de son commandement le 18 mai, est décrété d'arrestation le 30 septembre 1794, à la suite des rapports particulièrement accablants émanant du Comité révolutionnaire des Sables (les 9 et 11 août), de la Société populaire de Fontenay et de l'Administration du district de Challans (2 et 4 septembre). Jugé le 19 décembre 1795 pour un Conseil militaire, présidé par le général Berruyer et formé par Bonaparte, alors général en chef de l'armée de l'Intérieur. il est acquitté, à l'unanimité...« Toutes les fois que je me réveille la nuit. disait Marceau — qui avait, lui, loyalement combattu les insurges — toutes les fois que je me réveille la nuit en songeant aux terreurs de la Vendée, ces affreux souvenirs me déchirent. il n'y a plus de sommeil pour moi. » Turreau ne cessa jamais de dormir sur ses deux oreilles. Si le Directoire le tient un peu à l'écart, Napoléon le fait baron, grand officier de la Légion d'honneur, et l'envoie en 1807 aux Etats-Unis comme ministre plénipotentiaire — il y restera trois années — puis lui confie un commandement dans le corps de la Bavière de la Grande Armée. Tout simplement, après la première chute de l'Empire, il se rallie à la Couronne. Et pourquoi pas !
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