Le pays est ruiné
rideau
Chatillon-sur-Sèvres en 1793

Le comité de subsistance et les colonnes infernales ont été particulièrement efficaces : « Elles ont incendié, se lamente un observateur, toutes les bourgades et chaumières, massacré une partie du reste des laboureurs, brûlé dans les greniers, ou dans les aires, le blé ou les herbes ; égorgé ou dévoré une quantité innombrable de brebis, de moutons et de boeufs, emmené ou détruit tous les chevaux et mulets ; consumé dans les flammes les laines, les lins, les chanvres et tout le mobilier. » La misère du pays est totale. Certes, quelques troupeaux errants ont survécu, mais ils sont ravagés par une épizootie. Les rescapés dépérissent faute de nourriture.
L'eau, déjà traditionnellement de mauvaise qualité, est inutilisable en raison du nombre de cadavres en décomposition qui s'y trouvent. En fait, toutes les descriptions sont identiques : le pays est ruiné, la population décimée connaît la famine à laquelle s'ajoute un autre mal méconnu jusqu'à présent — le mal bleu, entendons les maladies vénériennes.

Marchecoul en 1793

On dispose de maints témoignages sur l'état extrême dans lequel se trouve la Vendée. Celui du maire de Machecoul ( au dessus ) est éloquent :
« Nos administrateurs vivent dans la détresse pour ne rien dire de plus. Il n'y a rien d'exagéré ni dans le tableau des dévastations que nous avons essuyées, ni dans celui de la dépopulation, ni dans l'idée qui a pu être fournie de la diminution des revenus des immeubles. Nous pouvons vous assu' rer qu'il est un très grand nombre de propriétés qui n'ont rien produit de net depuis la guerre et pour lesquelles il faut payer des impositions. Ce sont particulièrement les maisons de Machecoul, lesquelles, n'ayant pas été totalement dévastées ont été rendues habitables au moyen de réparations qui ont absorbé les revenus de plusieurs années. Plusieurs propriétaires, qui n'avaient rien touché pendant l'insurrection et qui manquaient de moyens pour réparer, ont affermé ces maisons pour un grand nombre d'années à condition que les locataires emploieraient le montant du prix des loyers de toutes les années à rétablir et réparer.

« Les propriétaires des vignobles non cultivés pendant la guerre qui ont eu l'espoir de les rétablir et les moyens de l'entreprendre sont à peu près dans le même cas. Ils ont beaucoup de peine, n'en ont pour ainsi dire encore rien retiré et courent le risque d'en retirer peu pendant plusieurs années.
«.Les terres du haut comme du bas marais de la commune de Machecoul ne produisent encore rien cette année. Ces terres sont sous les eaux depuis plusieurs mois. Les bleds se trouvent pourris comme l'an dernier. Cependant, lorsque ces terres ne sont point submergées ou ne le sont que momentanément elles sont les plus productives. Mais il y a tout lieu de craindre que les fermiers ne puissent encore payer cette année leur fermage et qu'ils ne recueilleront presque rien. »
La situation générale de la Vendée militaire est identique à cette description locale. De l'aveu même du ministère : « Toutes les campagnes ont été dévastées. Elles ont perdu dans des incendies leurs villages, leurs bâtiments d'exploitation, tous leurs instruments aratoires, dans les combats une grande partie de leurs bestiaux, un tiers de leur population. Les vignes qui couvrent les coteaux de la Sèvre et les deux rives supérieures de la Loire ont péri faute de culture et chargent encore la terre d'un bois inutile faute de bras pour les arracher. Les champs, privés pendant trois ans de labour, sont incultes ou très imparfaitement défrichés. Les cultivateurs de ce département, forcés de venir acheter aux marchés de Nantes leurs denrées de première nécessité, ne se consolent de tant de privations que dans l'espoir toujours éloigné de recevoir des dédommagements et secours (...). »
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