Charette... Un génie de la guérilla
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Charette

Charette aime les femmes, la danse, les beaux vêtements... sa foi n'est pas celle du charbonnier ni même celle d'un Lescure le saint de l'Anjou — ou d'un Cathelineau. Mécréant et superstitieux avec cela. De la guerre sur terre, il ne connaît rien et se contente d'appliquer ce qu'il a appris sur mer. En rien stratège, mais vrai chef de bande avec de l'allant et du panache. Il n'a pas son pareil pour entraîner ses « moutons noirs » et les ramener au combat quand ils perdent pied. Il donne l'exemple et paye de sa personne. Son ascendant est immense, il fait oublier ses accès de colère et ses revers. Avec Charette on fait la guerre comme chez les Peauxrouges, les amazones en plus. Charette aime à s'entourer de belles jeunes femmes dont il fait ses maîtresses. L'Irlandaise Mme de Bulkeley, Mme de La Rochefoucauld, Mme de Lespinay, Mlle de La Rochette, Mme de Monsorbier, sans oublier les paysannes, plus vite étreintes, plus vite oubliées.
. Cet homme est une parfaite légende vivante. i

François-Athanase Charette de la Contrie naquit le 21 avril 1763 à Couffé. un petit bourg à proximité d'Ancenis (Loire-Inférieure), à la limite de l'Anjou et de la Bretagne. dans une vaste demeure sans luxe. Dernier garçon d'une nombreuse progéniture. fils d'un capitaine au régiment de Brissac-Infanterie. il est élevé chez les oratoriens d'Angers et. en 1783. il choisit de servir dans la marine. A seize ans, il est
aspirant garde. Il navigue, va aux Antilles,
prend part à la campagne contre l'Angleterre au moment de la guerre d'Indépendance américaine, fait la police en Méditerranée à bord de la corvette la Belette.
La Révolution de 1789 le surprend à Toulon. Son navire est désarmé. Charette décide de
quitter un metier désormais sans avenir. Il
demande un congé qui lui sera renouvelé, donne sa démission et émigre. Il passe quelque temps à Coblence et revient s'installer dans son logis de Fonteclose. Il se marie en 1790 avec la riche veuve d'un de ses cousins, Mme Charette de Boisfoucaud. dont il eût préféré la fille. Le 10 août 1792. il est aux Tuileries avec Lescure et La Rochejaquelein.
On le retrouve dans sa gentilhommière de Fonteclose, chassant, participant aux fêtes villageoises. désoeuvré.
La Vendée est cependant en effervescence. Il ne s'en soucie guère jusqu'à ce 14 mars 1793 où, comme on l'a raconté, tandis qu'il est à sa toilette, son jardin est envahi par une multitude de paysans qui lui demandent de se mettre à leur tete.
Si son autorité est contestée un temps par d'autres chefs de son armée, tel que Guérin aîné. commandant en pays de Retz, il finit par s'imposer sans discussion. Très gai, il a la manière avec ses hommes. Il peut en exiger beaucoup, car tout en étant insouciant et homme de plaisir, il est dur avec lui-même.

François-Athanase Charette de la Contrie
Il ne fait pas l'unanimité chez les témoins et les historiens. Ils font état de son instruction médiocre, de son parler incorrect, de ses lettres bourrées de fautes de français. Mais à l'époque. on pouvait atteindre des sommets sans connaître l'orthographe et l'on verra des maréchaux d'Empire sachant à peine écrire. Ce n'est pas là l'important. Si Charette n'a pas eu, pendant la guerre. la faveur des autres grands chefs vendéens c'est plus parce qu'il a fait cavalier seul qu'en raison de ses résultats en dents de scie.
Plus jaloux d'isolement que d'entente. peu empressé à reconnaître un chef il mettra trois mois avant de coopérer avec les autres armées (pour l'attaque de Nantes) et ce sera sans lendemain. Il se cantonne dans son « marais breton », répugne à en sortir comme s'il sentait que ses maraîchins étaient trop vissés à leur sol pour entreprendre de grandes aventures à l'extérieur. C'est ainsi qu'il ne participe pas à la désastreuse virée de Galerne. et se retrouve. seul à lutter contre la République. A partir de janvier 1794, il va donner toute sa mesure et devenir le héros de la Vendée.

Il n'a pas le génie d'un chef de grande armée. mais il a celui d'un grand chef de guérilla. Insaisissable, inusable, il a la faculté de rebondir après l'échec, d'exploiter même la déroute à son avantage, de masquer ses marches, d'apparaître là où l'ennemi ne l'attend pas. Il obtient de sa troupe, en 1794, dans de dramatiques conditions de dénuement, des efforts inouïs.
Aux jours heureux de l'accalmie, il s'entoure d' amazones qui savent être aussi des guerrières énergiques et audacieuses. Ce qui étonnait le plus les Républicains, c'était une coquette écharpe à pailettes d'or qu'il portait au cou, en souvenir, sans doute de quelque dame.
Mais Charette n'est pas un tendre. Il est exagéré de le taxer de cruauté. mais il a pour le moins fermé les yeux sur les massacres de Machecoul et il a sur la conscience l'exécution inexcusable de Joly et de Marigny. Il reste que Charette incarna tellement, à partir de 1794, la résistance vendéenne que son exécution, le 30 mars 1796, signifia la mort de la Vendée.

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Un baril de poudre