Cathelineau et La Rochejaquelein
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Jacques Cathelineau

Jacques Cathelineau
On a pour le premier chef de la Grande armée catholique et royale une sorte de vénération religieuse. C'est le plus représentatif de tous les chefs. Un meneur d'hommes. Il est fils d'un maçon de Pin-enMauges (Maine-et-Loire), petite bourgade au coeur du pays qui porte ce nom. Quelques centaines d'habitants, un millier au plus. la plupart vivant dans de petites maisons groupées autour de l'église, les autres disséminés dans la campagne. dans leur banale métairie. Des onze enfants qu'avait eus le père, il en restera cinq au moment de la Révolution. Le petit Jacques. tres jeune encore, est placé chez le curé d'une paroisse voisine. Le prêtre. qui a remarque l'intelligence du bambin, sa vivacité d'esprit, lui fait donner quelque instruction, de l'éducation. on assure même qu'il lui apprit le latin. Il revient au Pin, se marie et devient père de six enfants. Quand éclate la revolution, il a trente ans et il exerce les modestes fonctions de voiturier et de colporteur. Ce contact permanent avec ses semblables lui apprend à parler aux foules. Comme il sait écrire. on a souvent recours à lui on admire son jugement, son équité. son dévouement et on l'appelle pour dénoncer les querelles de familles. « Tout le monde l'ado rait rapporte Mme de La Rochejaquelein. On l'écoute et on le suit.
D'une foi profonde, il fait partager aux habitants du pays son aversion pour les destructeurs de la religion. C'est un homme robuste, au visage allongé encadré de cheveux noirs. Il a une belle voix, qu'il sait mettre en valeur à l'église. On assure même qu'il avait été pressenti pour être chantre à la cathédrale.
Il n'est pas touché par la conscription étant marié et père de famille. Aussi ne connaît-il le soulèvement du 10 mars 1793 que trois jours plus tard. Il est alors chez lui, pétrissant, à demi-nu, le pain de sa famille. Son cousin Jean Blon arrive soudain, essoufflé, ému, et lui annonce que l'ex-caporal Perdriaut, voiturier comme lui et marchand de tabac à la Poiteviniere. a soulevé, deux jours plus tôt, au son du tocsin, les gars de son village et vient de se porter vers Jallais pour attaquer le poste républicain.
Cathelineau termine sa fournée, passe sa veste, et déclare : « Eh bien, maintenant, il faut se battre ! » A sa femme qui lui demande ce qu'il va advenir de leurs huit enfants, le jeune homme répond : « N'aie crainte. Dieu y pourvoira » et s'en va.
Il sera mortellement blessé le 29 juillet 1793 à Nantes. Son fils Jacques sera tué le 27 mai 1832. lors de l'équipée de la duchesse de Berry.

Henri de La Rochejaquelein
Henri du Vergier de La Rochejaquelein est né en 1772 à la Durbellière. un superbe château féodal. dans la paroisse de Saint-Aubin-de Baubigné (Deux-Sevres). Il a sept frères et soeurs.
En 1789, la famille prend peur et émigre aux Antilles, où elle a des intérêts. Henri ne suit pas. En novembre 1791, on le retrouve dans les rangs de la Garde constitutionnelle du Roi. Il défend les Tuileries, le 10 août 1792. avec son cousin Lescure. Il ne demeure pas à Paris, où les nobles sont traqués. et revient à la Durbellière où il se trouve seul. Il n'y reste guère. Lescure lui ayant offert l'hospitalité à Clisson (Loire-Inférieure). Il y coule quelques mois tranquilles jusqu'au moment de la levée en masse. Le 7 avril 1793, il rejoint l'armée du Centre ou il est mal accueilli. Découragé. il regagne l'une de ses métairies. Il s'habille en paysan. garde les bestiaux pour se faire oublier. Il a tout en effet pour être suspect. Il est fils d'émigré, son frère cadet Louis a rejoint l'armée de Condé et lui-même a défendu le roi. Mme de Lescure qui, en secondes noces, deviendra Mme Louis de La Rochejaquelein le présente ainsi : « Un garçon de haute taille, cinq pieds. sept pouces six lignes (1.80). extrêmement mince et svelte... Il n'avait pas de jolis traits... Son teint est blanc, pâle, son air timide, sa physionomie très douce et très noble... chevelure abondante. les yeux bleus... On disait qu'il avait un regard d'aigle...
C'est le 12 avril, un mois après Machecoul. que les paysans des paroisses avoisinant la Durbellière, à la recherche d'un chef, s'adressent à lui. On dit qu'il brossa à ses paysans un tableau de l'avenir sous les couleurs les plus sombres, qu'il fallut lui faire violence et qu'il accepta en pleurant de partir. Ce n'est pas l'impression que laisse le témoignage de Mme de La Rochejaquelein. sa belle-soeur posthume : « Il ne balança pas, et se déclara leur chef. Dans la nuit, les paroisses des Aubiers, de Saint-Aubin. des Echaubroignes. des Cerqueux, d'Izernay. etc.. envoyèrent leurs hommes et le monde promis se trouva à peu près complet.
Avant de partir. il demanda à déjeuner pendant que les paysans allaient chercher du pain blanc pour leur général, il prit un morceau de leur pain bis et se mit à le manger de bon coeur avec eux. Cette simplicité qui n'avait rien d'affecté. les toucha beaucoup sans qu'il s'en doutàt.
Henri de La Rochejaquelein, qui prendra le commandement en chef en octobre 1793 après la mort d'Elbée, a un courage ardent et téméraire qui le fait surnommer l'Intrépide. Il donne sans cesse de sa personne, se trouve toujours au premier rang et s'expose même souvent sans nécessité. Dans les réunions d'état-major, il ne prend guère la parole et s'endort quelquefois. Quand on lui fait le reproche qu'étant chef il ne prend aucune résolution, il répond :
— Pourquoi veut-on que je sois un général ? Je ne veux être qu'un hussard pour avoir le plaisir de me battre.
Ce penchant soldatesque le dépeint tout entier. Sa mort en janvier 1794 sera un coup très dur pour les Vendéens dont il a peut-être été avec Cathelineau le chef le plus prestigieux.

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Un baril de poudre