Influence des Juifs
rideau
propagande nazie anti-juive

Selon mes parents, l'Allemagne était gouvernée depuis 1918 par ceux-là mêmes qui l'avaient trahie. Partout nous entendions les gens protester contre les jeux confus des partis politiques. Tout enfants que nous fussions, nous sentions à quel point ces partis maudits empoisonnaient l'atmosphère. J'avais douze ans lorsque je me trouvai prise dans un combat de rue, entre communistes et nationaux-socialistes. Quand je repense à cette époque, il me semble que ma mère lisait chaque matin dans le journal la nouvelle d'un assassinat politique.
On entendait sans cesse répéter que l'une des raisons de ce triste état de choses était l'influence grandissante des juifs. Quand j'étais entrée à dix ans au lycée, le tiers de mes camarades étaient des juives et je les traitais exactement comme les autres. Mes parents fréquentaient des collègues juifs de mon père et l'excellent vieux M. Lévy, qui occupait l'appartement au-dessous du nôtre, était un ami. Mais tout cela n'empêcha pas mes parents d'être antisémites, encore qu'ils se refusassent à l'idée de mesures de rétorsion brutales à l'égard des juifs. Les adultes nous enseignèrent que les juifs étaient mauvais, qu'ils faisaient cause commune avec les ennemis de l'Allemagne, etc. Pour nous, le juif faisait donc figure d'épouvantail. Nous n'aurions jamais pensé identifier à ce juif nos camarades d'école israélites ou le vieux M. Lévy. Cette confusion mentale me permit, par la suite, de me conduire et de penser en antisémite, sans me rendre compte de ce que cela avait d'inhumain. Je haîssais un épouvantail et non pas des êtres humains.

anecdote
accueil
Accueil
Grandir en Allemagne nazie