Le marché aux esclaves ...
rideau
esclavage dans la Rome antique

En principe le commerce des esclaves est libre. En fait il est réglementé par deux sortes d'impôts : le portorium, droit d'importation et d'exportation et le vectigal, droit de vente.
La vente des esclaves se déroule dans les villes, sur les places, sur les fouarailles, où se pressent les intermédiaires spécialisés dans cette odieuse besogne; appelés mangons, ils ont mauvaise réputation. Ce sont de vulgaires trafiquants, souvent d'origine grecque ou orientale qui ont acheté leurs produits humains aux pirates, aux soldats victorieux désireux de se dé­barrasser de leur butin d'esclaves.
Mais ces mangons, ces maquignons, dirions-nous aujourd'hui, sont nécessaires, même s'ils inspirent toujours une aversion et un dégoût profond, même si on les traite en public et en privé, au théâtre et dans la littérature, de tous les noms : « mouches, puces, vils insectes, nés pour être odieux et incommodes à tous et utiles à rien. » Un citoyen qui ose entrer en relation avec un marchand d'esclaves est honni, conspué, méprisé.
A Rome, le marché d'esclaves se trouve à l'angle sud du Forum, près du temple de Castor et Pollux. Les esclaves sont juchés sur des estrades et parfois enfermés dans des cages comme des poulets. Leurs pieds sont enduits de craie.
Ils ne portent généralement pas de vêtements, les acheteurs peuvent ainsi juger, en toute connaissance, la valeur de la marchandise proposée. Ceux qui sont des prisonniers de guerre portent une couronne. Si un esclave est coiffé d'un bonnet, c'est un signe qu'il n'est pas garanti par le vendeur.
Parfois. on accroche à son cou un écriteau sur lequel sont inscrits son origine, son ethnie, ses qualités, ses aptitudes morales, intellectuelles et physiques. C'est ainsi que l'Edit des Curules stipule que l'acheteur devra savoir « si les esclaves ont quelques maladies ou quelques vices, s'ils sont fugitifs ou vagabonds, s'ils ont à s'acquitter d'une peine ».
Le juriste Ulpien établit une sorte de liste noire qui, en principe, protège les acheteurs contre toute escroquerie : mutisme, surdité, myopie, fièvre tierce ou quarte, goutte, épilepsie, polypes, varices, haleine qui dénonce une maladie des poumons ou du foie, un vice de conformation dans les jambes et dans les hanches et, pour les femmes, la stérilité ou l'avortement, maladies, défauts ou malformations qui font baisser les prix.

esclaves dans la Rome antique

Le vendeur d'esclaves est aussi contraint d'annoncer clairement les défauts moraux de son esclave : est-il joueur? buveur? voleur ? gourmand ? A-t-il tenté de se suicider ? « Comme si celui qui a tenté quelque chose contre lui-même devait être capable d'oser tout contre un autre. »
Enfin le mangon doit dire publiquement si l'esclave est novicius, c'est-à-dire nouveau dans la condition servile, donc plus malléable que le veterator, dur à cuire qui coûte, bien entendu, moins cher. Exposés ainsi à l'impudicité publique, les esclaves sont ensuite vendus selon le procédé des enchères. Le marchand se transforme en bonimenteur, c'est-à-dire en menteur, et, devant les badauds et la foule des acheteurs, il fait l'article, vante sa marchandise humaine comme un représentant de commerce ou comme un camelot qui chercherait à « estamper » le client.
Avec faconde et non sans esprit, il s'attache à démontrer que l'esclave proposé donnera toutes les satisfactions à son maître et que c'est une affaire à ne pas manquer.
— Voyez quelle peau blanche ! Il est beau des pieds à la tête. C'est un valet précieux, il comprend un geste, un coup d'oeil. La langue grecque lui est familière. Il en est pénétré. Point de talents qu'il ne possède ; c'est une molle argile qui recevra toutes les impressions. Il chante sans art il est vrai ; mais non sans douceur : vous en jugerez à table.
Les esclaves de luxe comme celui qui vient d'être présenté, sont particulièrement recherchés surtout à partir de l'Empire au Ier siècle. Il faut qu'ils soient bons convives, capables de danser au son des flûtes dans les festins, susceptibles de préparer des mets et de pétrir les gâteaux, versés dans l'art de procurer des voluptés à leurs maîtres. Parfois, en dépit du flot des bonnes paroles, les acheteurs restent sceptiques, feignent de s'éloigner. Alors le mangon, comme un montreur d'ours dans les foires, demande à l'esclave de tourner pour bien montrer toutes les parties de son corps, de sauter ou d'accomplir des épreuves de gymnaste, afin de prouver sa vaillance, sa force et sa souplesse, de réciter des vers et des textes littéraires pour attester qu'il est cultivé et que son prochain maître ne s'ennuiera pas en sa compagnie.

vente d'esclave
anecdote
accueil
Accueil
Les esclaves