La peur dans la nuit à Rome
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la vie à Rome

C'est, en effet, un des caractères par lesquels la Rome impériale diffère le plus des capitales contemporaines : ses rues, lorsqu'il n'y avait pas de lune, étaient plongées dans la plus profonde obscurité.
Point de réverbères à huile ou à chandelle accrochés aux murs ; point davantage de lanternes suspendues aux linteaux des portes, hors ces illuminations exceptionnelles dont Rome resplendissait soudain pour célébrer une fête imprévue, en signe d'une allégresse collective, comme celle qui s'empara de la cité le soir où Cicéron l'avait délivrée de la peste catilinienne.
En temps normal, la nuit tombe sur la ville comme l'ombre d'un péril diffus, sournois, redoutable. Chacun rentre chez soi, s'y calfeutre et barricade. Partout les boutiques se taisent, les chaînes de sûreté se tendent derrière les vantaux des portes ; les volets des appartements se ferment à leur tour et les pots de fleurs sont retirés des fenêtres qu'ils avaient ornées.
Les riches, s'ils doivent sortir, se font accompagner d'esclaves qui portent des flambeaux pour éclairer et protéger leur marche. Les autres ne comptent pas trop sur les rondes nocturnes que, torches à la main, exécutent des escouades de vigiles dans le secteur, trop vaste pour être partout surveillé, des deux régions dont la police incombe à chacune des sept cohortes.

Ils ne s'aventurent au dehors qu'avec une vague appréhension et une répugnance certaine. C'est s'exposer au reproche de négligence que de s'en aller souper sans avoir fait son testament, soupire Juvénal ; et si le satirique pèche par quelque outrance en prétendant que la Rome de son temps était moins sûre que la forêt Gallinaria et les Marais Pontins, il suffit de feuilleter le Digeste pour y noter les passages qui vouent à la vindicte du préfet des vigiles les assassins, les cambrioleurs, les détrousseurs de tout acabit foisonnant dans la ville.

Lorsque le soir est tombé, il devient périlleux de circuler dans la ville désertée par les promeneurs et seules les rues chaudes de Subure prolongent tard dans la nuit leurs activités. Encore plus terrifiants sont les abords de la ville, le no man's land des terrains vagues du Transtévère ou les nécropoles dans lesquelles brûlent en permanence les bûchers funèbres. Ces lieux sinistres servent de repaire aux prostituées les plus flétries qui cherchent fortune auprès des mendiants et des esclaves dont la tâche est de veiller sur les bûchers. On distingue aussi dans la lueur des flammes les ombres inquiétantes des pilleurs de tombes et des voleurs qui choisissent les cimetières pour y cacher leur butin. On peut aussi y voir des sorcières qui dérobent subrepticement aux bûchers des ossements ou des déchets macabres pour préparer leurs potions magiques et qui confient aux âmes des trépassés les tablettes d'envoûtement dont les imprécations doivent détruire leurs ennemis.

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