Les fouilles... Des archéologues inspirés
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maison des Vettii à pompei

Fiorelli était un archéologue doublé d'un numismate. Dix ans auparavant, il avait attiré sur lui l'attention et l'estime d'un grand amateur d'art : le comte de Syracuse, frère du roi des Deux-Siciles. Il avait aussitôt décelé une supercherie dont ce dernier avait été victime : on lui avait en effet présenté, découverts aux abords de Cumes, des cadavres de Romains à la tête admirablement conservée.
Fiorelli démontra au comte que si les squelettes étaient peut-être romains, le visage, lui, était tout napolitain, remodelé comme il venait de l'être à la cire ! Devenu roi d'Italie, Victor-Emmanuel se souvint de lui et en fit son directeur des fouilles.
Dès ce moment, celles-ci s'accélèrent et surtout s'organisent. Pour ne plus faire une véritable escalade de la visite d'une maison exhumée, Fiorelli fait emmener les déblais par wagonnets. Pour ne plus risquer de provoquer l'écroulement des bâtiments en commençant par les rues, Fiorelli dégage d'abord les bâtiments — et. de ces bâtiments. d'abord le toit.
Jusqu'alors excavés au petit bonheur, les édifices émergeaient çà et là d'une mer de cendres : Fiorelli décide de les relier entre eux et, à cet effet, selon un système à peine modifié de nos jours, il dresse un plan probable des rues et ruelles, qu'il découpe en régions et îlots, après avoir donné à chaque boutique, à chaque maison un numéro d'identification.
Le cassoulet mijotait
Grâce à son insistance, les fresques ne sont plus envoyées au musée de Naples, mais restent sur place. Enfin, c'est à lui qu'on doit la technique du moulage au plâtre : les cadavres que les cendres ont conservés sont enduits de plâtre liquide et laissés trois jours à sécher, gardant ainsi à jamais l'attitude et l'expression des agonisants. Mais, surtout, il fit d'importantes découvertes.
Jusqu'ici on avait plutôt fouillé à l'ouest. Lui porta ses efforts à l'est. Il exhume le lupanar Où l'on retrouve, bien conservée dans une marmite. une sorte de cassoulet aux haricots et aux oignons qui mijotait au moment de l'éruption ; il exhume la boulangerie de la rue des Augustales dans le four de laquelle on retrouva pareillement quatre-vingt-un pains évidemment carbonisés, mais toujours intacts ; il met au jour la maison du banquier Caecilius Jucundus dont les apochae, ou quittances. jetèrent un jour inattendu sur la vie économique de Pompéi .
Tant de succès au cours de ses quinze ans de direction ne firent que stimuler l'ardeur de ses successeurs immédiats, à qui on est également redevable de belles découvertes : les Thermes centraux que Pompéi était en train de construire sur le modèle de ceux de Rome. avec magasins de vente, bibliothèque. salon de repos et bar-restaurant ; la maison des Noces d'argent, la plus belle demeure de Pompéi après celle du Faune, ainsi nommée parce qu'elle fut excavée l'année où les souverains d'Italie célébraient leur vingt-cinquième anniversaire de mariage ; la maison des Vettii (haut gauche), reconstituée aujourd'hui dans l'état même où elle se trouvait lors de l'éruption ; le temple de Vénus, le site de la villa des Mystères (gauche).
En exhumant près du Sarno une multitude de squelettes, on constata que très nombreux avaient été les Pompéiens à chercher le salut par la mer. surtout on découvrit, dans des circonstance qui méritent d'être rapportées. le fameux trésor de Boscoreale...

maison des mysteres à pompei

En 1894, le propriétaire de la vigne de Boscoreale, un prêtre, meurt. Inspiré par le spectacle des fouilles, son héritier décide de sonder son domaine. Ses efforts sont récompensés. Il met à jour une grande maison de campagne où. depuis l'éruption. nul n'a apparemment pénétré. L'aménagement et le mobilier sont intacts. Un coffre renferme toujours une vingtaine de vases et des pièces d'argenterie. Dolia et amphores contiennent encore la récolte de vin de la campagne 78-79. Les baignoires de bronze, soutenues par des pieds en forme de tête de lion, semblent n'attendre que de l'eau chaude pour servir de nouveau. Dans la cuisine, attaché à sa chaîne. le chien est toujours là. ainsi que dans l'écurie les divers chevaux de l'exploitation. Des squelettes humains apparaissent également. dont celui d'une femme, muni de magnifiques boucles d'oreilles en or ornées de topazes.
Un sceau, retrouvé dans les ruines, identifie le propriétaire : il s'agit d'un certain Lucius Herennius Florus, grand amateur de musique.
Cependant la principale découverte aura lieu un peu plus tard. C'est le 13 avril 1895. veille de Pâques. Le surveillant s'apprête à donner congé aux ouvriers. Seuls quelques-uns doivent demeurer pour dégager le chemin qui mène au torcularium, endroit où l'on pressait le vin. L'un. Michele. descend dans le passage et vite revient.
Les gaz. déclare-t-il, rendent l'atmosphère irrespirable. Le surveillant n'insiste pas : on déblaiera un autre jour. Les ouvriers s'en vont. Tous, sauf Michele qui. haletant, va aussitôt trouver le propriétaire. — En bas. annonce-t-il. j'ai découvert une cuve à vin. A l'intérieur. il y a un squelette. mais tout autour des vases, des bijoux et, dans un sac. des quantités et des quantités de pièces de monnaie !
Le propriétaire lui demande le secret et le tait rester. A la nuit, il descend avec lui dans le passage et recule. ébloui. Un véritable trésor s'étale devant ses yeux : vases d'argent magnifiquement ouvragés et. tout en or. une multitude de bijoux : boucles d'oreilles, ba­gues. anneaux, chaînes.
Il s'approche avec sa lampe. Rien que le sac contient un millier de pièces de monnaie. Elles sont à l'effigie de tous les empereurs depuis Auguste. L'une date de 76 après Jésus-Christ, et c'est la plus revente ! Certaines, en or. représentent Galba. Othon et Vitellius, et sont d'autant plus précieuses que ces derniers n'ont régné que quelques mois. Cinq cent soixante-quinze deniers sont à l'effigie de Néron et pratiquement neufs.
Coupes et vases d'argent sont sans doute quelque peu ternis, en revanche tous les objets d'or étincellent !
Le propriétaire, qui pense immédiatement vendre ce trésor à l'étranger, fait jurer le silence à Michele et lui remet une forte somme. Mais dans un cabaret, un soir d'ébriété, Michele ne tient pas sa langue. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre et parvient aux oreilles des autorités qui ouvrent une enquête.Le trésor n'est plus en Italie. Il est à Paris depuis mai 1895. Sollicité, le Louvre a refusé de payer 500 000 francs comptant. n'en offrant que la moitié, payable par versements. Mais, à son tour pressenti, le baron de Rothschild n'a fait, lui, aucune manière et a acheté le tout. Or c'est un galant homme. Ne gardant pour ses propres collections que huit pièces, il a le geste d'offrir au Louvre les cent neuf

Julia Felix

Après la guerre, les fouilles reprirent. Lentement d'abord. Mais en 1924 on nomme à leur tête un archéologue aussi inspiré que compétent, Amedeo Maiuri.
Pendant quarante ans, que ne lui devra pas Pompéï ! Il commence par un coup de maître, exhumant la maison de P. Cornelius Tagès, le Trimalcion local, où il découvre, emmaillotée dans un linge, la fameuse statue l'Éphèbe, copie d'un original grec du v° siècle av. J.-C.
Peu de temps après, nouveau triomphe : il met au jour une demeure aux décorations uniques, véritable villa dans la ville, qu'il surnomme la maison de Ménandre pour l'admirable peinture du poète qui orne l'un des murs, et où plus tard, comme pour celui de Boscoreale, un trésor d'argenterie sera retrouvé fortuitement par un ouvrier curieux.
Maiuri continue les fouilles autour de la rue de l'Abondance, découvrant à l'intérieur de certaines demeures des objets souvent remarquables, comme cette statue en ivoire d'une déesse indienne, montrant par là que Pompéi entretenait des relations commerciales jusqu'en Asie. En 1929-1930, il dégage la villa des Mystères. En 1935, il découvre la grande palestre où, depuis Auguste, la jeunesse s'entraînait au sport, mais aussi aux armes.
Ses travaux autour de la muraille septentrionale permettent d'apprécier le système de défense de la ville, à base de courtines et de tours ; de même que sa découverte près de la porte du Vésuve d'un puits antique, comme son étude minutieuse du grand château voisin lèvent tout doute sur la façon dont fonctionnait le service hydraulique de la ville, et notamment son circuit d'eau courante.
Enfin, en procédant à certains déblaiements près du grand théâtre, il révèle un des aspects les plus typiques, mais jusqu'alors méconnu, de Pompéi : sa physionomie de ville étagée, dont les maisons à flanc de colline descendaient en terrasses panoramiques face aux monts Lattarii, accusant entre autres, de la porte de Stabies au sud, à la porte du Vésuve au nord, une dénivellation de plus de trente-cinq mètres.
Malheureusement, en 1940, l'Italie entre en guerre. Les travaux sont suspendus. Cent cinquante bombes sont même jetées sur Pompéi où les Alliés croyaient avoir vu des Allemands. Elles endommagent les maisons du Faune, des Vettii, la villa de Diomède. le portique de la grande palestre. Mais les aviateurs étaient inexpérimentés — on n'ose dire des amateurs d'art — et la plupart ne mirent à mal que des terrains vagues.
Certaines firent même oeuvre d'archéologue : en tombant dans l'Antiquarium — le musée de la ville — l'une exhuma le toit d'une villa dont les admirables peintures étaient encore intactes. En tombant dans le faubourg de San Abbondio, une autre mit au jour le très vieux temple de Bacchus-Dionysos.

Julia Felix à pompei

Aussitôt la guerre finie, les fouilles reprennent. Maiuri découvre, en 1954, la porte de Nocera, avec tous ces groupes de cadavres et, au-delà de la porte, sur une autre voie des Sépulcres, le tombeau de la belle et richissime Eumachia. patronne de l'importante corporation pompéienne des foulons.
Excavé, l'ultime tronçon de la rue de bondance révèle l'existence de nobles demeures, dont l'une, pour le bassin de son atrium, fut dite du Bel Impluvium, et une deuxième, pour ses peintures de fruits, du Verger. Une troisième, dont le triclinium, ou salle à manger, s'orne d'une admirable fresque de Vénus flottant sur l'onde dans une conque escortée par deux Amours, fut naturellement appelée la Maison de Vénus.
En 1952-1953, la villa de Julia Felix est redécouverte (gauche). On se rappelle qu'elle avait déjà été exhumée au XVIIIe siècle, puis ensevelie de nouveau quand on l'eut vidée de ses trésors.L'enlèvement des déblais qui, près du Grand Théâtre, avait, sur un petit espace, permis de restituer à Pompéi son caractère de ville étagée, est poursuivi sur tout le front méridional de la région VIII, dont les maisons ont donc maintenant retrouvé leur magnifique panorama de jadis.Finalement, lorsque Maiuri meurt, sur les soixante-dix hectares que compte le pomerium, ou périmètre de la ville, il n'en reste plus à fouiller que vingt-six.

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Le drame de Pompéi