L'organisation des combats de gladiateurs
rideau
les gladiateurs dans l'arene

Nous savons, par les graffiti peints sur les murs de Pompéi, que lesz combats étaient annoncés longtemps à l'avance. Les surnoms des gladiateurs (qui ressemblent étrangement à ceux de nos sous-marins atomiques : « l'invin­cible », « le foudroyant », etc.) alléchaient le public, mais l'on attendait surtout la composition des paires d'adversaires. Là encore, le goût et l'attente de la foule contredisaient les intérêts matériels du donateur : opposer deux champions de haut rang (et donc être à peu près sûr d'avoir à payer le prix exorbitant de la vie du vaincu), c'était de la folie, mais, inversement, opposer à une vedette un combattant inconnu ou de seconde zone, c'était se moquer du monde. On voit la dialectique subtile qui unit et qui oppose, dès le début, l'organisateur et la foule : le premier doit tout faire pour accorder à ses concitoyens la plus intense satisfaction, dans les limites que lui seul connaît, celle de ses finances. Si aucun suspense n'existe, si les combats sont à l'avance déséquilibrés, non seulement on ne prendra aucun plaisir à l'opposition mais, surtout, à quoi rimera l'acte final? Quel intérêt d'accorder ou de refuser la grâce d'un pauvre type? On sifflera. Il faut donc convaincre le public que les choses seront sérieuses.
Pour ce faire, outre une bonne qualité des opposants (mais nous n'ignorons pas que ces choses-là s'arrangent), des techniques de conditionnement avaient été soigneusement mises au point. L'une des trouvailles les plus géniales, sans doute, consistait dans cette faculté qui était offerte à qui le voulait d'assister, la veille des jeux, au dîner des combattants du lendemain : tels étaient ceux dont, à peine plus tard, on tiendrait le sort entre ses mains...
Il faudrait des pages pour décrire tout le cérémonial qui entoure les jeux eux-mêmes : le défilé solennel dans la ville, puis dans l'arène; les fouets que l'on prépare, les fers que l'on met à rougir pour punir et stimuler les indolents; un orchestre qui joue; des hérauts; des pancartes que l'on fait circuler; l'arrivée du président; celle des arbitres; les armures étincelantes; les récompenses (palmes, couronnes, prix en espèce) sur l'estrade, et puis les civières, voire le charnier bien en évidence. Les affrontements qui commencent, les pauses avec les soigneurs qui s'activent. Et la fin. Broutille : le second combat sera de meilleur niveau, cette fois on accordera peut-être la grâce.

colisee à rome

De même qu'aux funérailles des grands hommes de la Rome républicaine, tout le peuple d'une cité moyenne peut suivre ces jeux : les amphithéâtres sont vastes et les combats s'étalent sur plusieurs jours. Chacun se trouve à sa place, les plus importants occupent les sièges réservés à leur nom ou à leur fonction. Ils portent, bien sûr, la toge. Nul ne comprendrait l'absence des magistrats ou, à Rome, de l'empereur ou de son représentant. C'est un très grand moment de la vie civique, non seulement cautionné mais organisé par les autorités. Quiconque s'abstiendrait passerait pour asocial ou anormal, mais, à vrai dire, parmi tous les noms que la tradition nous a transmis, nous n'en connaissons aucun qui se soit signalé par un comportement aussi étrange.

neron au cirque

Tout le monde s'y intéressait, y compris la bonne société, y compris les lettrés. Il y avait là des dizaines de milliers de personnes. On venait de loin, des cités environnantes. Dans les gradins se pressaient des hommes, des femmes, des enfants.
Le spectacle avait tant de succès qu'à Rome, par exemple, les gens commençaient à attendre devant le Colisée dès la veille au soir ! D'autant plus que les combats de gladiateurs étaient assez rares : ils avaient lieu une fois par an ou même moins, à la différence des fréquentes courses de chars. Pour cette même raison, le spectacle était payant, du moins aux bonnes places. Certaines étaient réservées aux sénateurs, à la noblesse.
Derrière eux s'asseyaient les citoyens vêtus de toges. Car ce genre d'attraction était l'équivalent d'une cérémonie civique et les spectateurs se devaient d'être bien habillés pour y assister ; ils portaient donc la tenue citoyenne qu'était la toge. Quant au haut des gradins, il était laissé aux pauvres gens.

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Les gladiateurs