Le droit de vie et de mort
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mort du gladiateur

Il y avait trois sortes de dénouement possibles. Soit l'un des deux duellistes mourait au cours du combat. Soit les deux s'entretuaient. Soit, enfin, l'un des deux hommes était renversé, ou blessé, ou bien s'effondrait par épuisement, s'avouant vaincu.
Dans ce dernier cas, le combat s'interrompait et le vainqueur s'en remettait à la décision des spectateurs. Cela par l'intermédiaire du mécène qui offrait le spectacle et qui le présidait, ou du magistrat qui était tenu d'offrir ce spectacle à ses frais, pour célébrer son entrée en fonction. Ce président, selon ce que lui criait le public, lui faisait signe de laisser la vie sauve au vaincu ou de le tuer (avec le geste fameux du pouce renversé vers le sol).
Si les gladiateurs s'étaient tous les deux bien battus, si leur duel avait enthousiasmé le public, le président pouvait décider de saluer le mérite du vaincu en le graciant. Celui-ci se battrait ainsi dans d'autres matchs et on aurait plaisir à le revoir se produire dans l'arène. Si, au contraire, les deux hommes avaient combattu mollement, en donnant l'impression de se ménager entre eux, pas question d'épargner le perdant !
Le vaincu était égorgé par son adversaire. Et son point d'honneur était alors de rester digne et courageux devant son bourreau, de ne pas fuir la sentence du public, de ne pas montrer de crainte devant la mort et de se laisser abattre honorablement.
« Un gladiateur, même moyen, ne pleure pas, écrivait Cicéron, ne change pas de visage ; il reste ferme, il tend la gorge sans faiblesse» (Tusculanes). Il se cachait simplement le visage avec son bouclier pour ne pas voir arriver le coup fatal. La chose passionnante, pour le public, était de contempler le vaincu attendant la sentence.

Il semblerait que les gladiateurs étaient soumis à l'infamia, c'est-à-dire qu'ils parta­geaient la condition des assassins et des suicidés en ce qu'il leur était interdit de recevoir une sépulture. C'est là un élément important lorsque l'on se souvient du rôle capital qu'elle revêtait dans les croyances pour assurer le repos de l'âme.

droit de vie ou de mort
Le droit de vie ou de mort
Un haut personnage désire organiser un « munus ». Sauf s'il possède lui-même une troupe, il s'adresse à un ou à plusieurs lanistes avec lesquels il passe un contrat, disons, pour transposer, de « location-vente » : tout ce qui, à l'issue des jeux, sera récupérable sera réputé lui avoir été loué; en revanche, tout ce qui sera détruit lui aura été vendu. Autrement dit, si tel gladiateur repart vivant et en bon état, il aura fait l'objet d'une location; s'il est mort ou irrémédiablement perdu pour l'arène, le capital correspondant est dû au laniste.
Or, c'est là que la règle place celui qui donne les jeux dans une position très spéciale. Démontons le mécanisme : le combat de gladiateurs n'est pas conçu pour aller jus­qu'au moment où l'un des deux combattants serait tué ou grièvement blessé par,son adversaire (cela pouvait arriver, mais rarement); il se déroule jusqu'au moment où l'un des adversaires (même non blessé) demande grâce, il sait qu'il va perdre, son seul salut réside dans cette grâce.
La décision est entre les mains du président, c'est-à-dire de celui qui offre les jeux. Tout s'interrompt : le vaincu a baissé les armes, le vainqueur, la tête tournée et le glaive levé, interroge des yeux la présidence. La foule manifeste, elle baisse éventuellement le pouce, geste fameux. Si la mort est demandée, le président sait ce qu'elle lui coûte, à lui : la valeur d'un gladiateur, une somme peut-être très importante et l'affaire va se reproduire plusieurs fois, peut-être des dizaines si nous sommes à Rome ou même à Narbonne ou à Lyon. Conflit à trancher rapidement entre des intérêts matériels et le désir de plaire à la foule. Car celle-ci n'est pas venue assister à un combat à mort : elle a vu un combat (dont elle aura pu apprécier ou non la tenue) au terme duquel, par l'intermédiaire du président, elle juge de la vie ou de la mort d'un homme — ce qui est bien différent. Elle sait que, très probablement, elle aura le dernier mot. Elle jouit de ce pouvoir suprême qui lui est délégué de loin en loin : le droit de vie ou de mort sur un de ses semblables.
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Les gladiateurs