Un accord oral entre le prétendant et le père de la mariée

Le mariage à Athenes

Il faut se rappeler qu'anciennement le père de famille a autant de droits sur ses enfants que sur ses esclaves et peut donc les vendre, ce qui se pratiquait encore au Ve siècle en beaucoup de pays, mais non en Attique. A l'époque homérique, d'ailleurs, c'est le prétendant qui offrait des cadeaux à son beau-père, c'est-à-dire qui lui achetait sa fille, mais l'usage à cet égard s'est inversé. A Athènes, une jeune fille pouvait se marier sans dot, mais c'était l'exception ; il semble même que l'existence de la dot était un signe qui permettait de distinguer le mariage légitime du concubinat.
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Les conditions imposées par la loi étaient très strictes. N'était légitime que le mariage unissant un Athénien à la fille d'un Athénien, car seul il donnait naissance à des enfants légitimes qui hériteraient la citoyenneté de leurs parents. Les autres, même nés d'un père athénien, étaient des nothoi, des bâtards, qui ne pouvaient prétendre ni à l'héritage, ni à la citoyenneté. L'engagement qui précédait la cérémonie du mariage était conclu entre le père de la jeune fille et le futur époux. La femme n'avait donc aucune part dans le choix de l'homme dont elle allait partager la vie. Cet engagement était généralement fait devant témoins, car il n'existait pas à proprement parler d'état-civil. Et en cas de contestation, c'est à leur témoignage qu'il était fait appel, par exemple lorsqu'un citoyen voyait sa naissance légitime être contestée. L'engagement s'accompagnait de la remise d'une dot qui était destinée à l'entretien de la jeune femme, mais dont le mari ne pouvait disposer librement. Car, en cas de rupture du mariage, il devait la restituer intégralement. L'engagement pouvait précéder le mariage proprement dit (gamos) de plusieurs mois, voire de plusieurs années : ainsi, le père de l'orateur Démosthène, sur le point de mourir, avait-il promis à l'un de ses neveux sa fille, alors âgée de 5 ans.
Si en effet le mariage n'était légitime qu'entre Athéniens, rien ne s'opposait à ce qu'il unisse entre eux des cousins, voire un oncle et sa nièce, voire même un frère et sa demi-soeur, à condition de n'être pas nés de la même mère. De telles unions n'étaient pas jugées incestueuses. Bien plus,elles pouvaient même être nécessaires dans un cas particulier, lorsqu'un homme en mourant ne laissait qu'une fille comme héritière de son patrimoine. La femme athénienne en effet était juridiquement une mineure.
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Promesse de mariage à Athènes

Une convention orale

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Le mariage légitime entre un citoyen et une fille de citoyen est caractérisé à Athènes par l'engyésis (littéralement « remise en main d'un gage »), qui est plus que.de simples fiançailles.
C'est essentiellement un accord, une convention orale, mais solennelle, entre deux personnes : d'une part le prétendant, d'autre part le kyrios de la jeune fille, qui est naturellement son père, si celui-ci est encore vivant. Il y a échange de poignées de main et de quelques phrases rituelles, très simples, dont ce dialogue de Ménandre doit être un écho assez fidèle :
PATAICOS. - Je te donne cette fille pour qu'elle mette au monde des enfants légitimes.
POLÉMON. - Je la reçois.
PATAICOS. - J'ajoute une dot de trois talents.
POLÉMON. Je reçois cela aussi avec plaisir.
Des témoins doivent assister à cet accord pour pouvoir affirmer, le cas échéant, qu'il abien eu lieu, puisque tout se passe oralement.La future épouse assiste-t-elle à cette cérémonie ? Cela reste douteux, mais il est sûr que, si elle y est présente, elle n'y prend aucune part active et que son adhésion n'est pas requise.

L'âge du mariage à Athènes

Les hommes se mariaient en général vers 30 ans mais 14 ans était la norme pour une jeune Athénienne. La jeune mariée était encore assez jeune pour que son époux puisse faire son éducation. Au rang des occupations acceptables pour les femmes de classe inférieure figuraient le travail de la laine, l'allaitement, la fabrication du pain et la blanchisserie. Mais la plupart des femmes respectables de la classe moyenne ne s'occupaient que des affaires de la maison. Dans un traité intitulé l'Économique, écrit en 362 ay. J.-C., l'historien Xénophon rapporte une conversation entre Socrate et un certain Ischomachus :
« J'aimerais beaucoup que vous me disiez, Ischomachus, si vous avez appris vous-même à votre épouse à devenir le genre de femme qui convient, ou bien si elle savait déjà comment s'acquitter de ses devoirs avant que vous ne l'enleviez à ses père et mère pour en faire votre épouse? »
« Qu'aurait-elle bien pu savoir quand je l'ai prise pour femme, Socrate? Elle n'avait pas 15 ans quand elle venue chez moi, et avait passé ses années antérieures sous étroite surveillance, de façon à ce qu'elle voie, entende et parle le moins possible. »

Hésiode conseillait à l'homme d'épouser vers trente ans une jeune fille de seize ans. Aucune règle formelle n'existe à Athènes en ce qui concerne l'âge du mariage, que vou­dront fixer les philosophes du iv siècle, mais le conseil d'Hésiode semble avoir été souvent suivi.
Les filles pouvaient être mariées dès qu'elles étaient pubères, c'est-à-dire vers douze ou treize ans, mais il semble que l'on attendait d'ordinaire jusqu'à quatorze ou quinze ans; en tout cas, il paraît certain que les fillettes impubères n'étaient pas données en mariage, comme elles l'étaient à Rome.
Les jeunes gens ne se mariaient jamais, semble-t-il, avant leur majorité, à dix-huit ans, et ils attendaient souvent bien au-delà de leurs deux années d'éphébie, c'est-à-dire de service militaire, qu'ils faisaient de dix-huit à vingt ans. La différence d'âge entre les époux . était souvent considérable.
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Les Athéniennes se mariaient vers l'âge de quatorze ou quinze ans
L'engyésis est une promesse de mariage, mais d'une très forte valeur ; elle crée déjà des liens solides entre le prétendant et sa future épouse. Pour bien le comprendre, il faut se rappeler l'extrême importance que revêtait aux yeux des Anciens toute parole solennellement prononcée, tout geste accompli de façon rituelle, car ces paroles et ces gestes. même non accompagnés de serment, comportaient à leurs yeux de graves conséquences, et l'on ne pouvait se soustraire à un engagement pris dans ces conditions sans s'exposer, croyait-on, à des sanctions de la part des dieux. Ce n'est pas seulement l'imprécation (ara) qui a une efficacité proprement magique, mais aussi toute formule par laquelle on s'engage en présence des dieux, car il est à croire que la cérémonie de l'engyésis avait lieu près de l'autel domestique.