Des vies séparées et peu d'amour
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femmes dans la grece antique

Il semble bien qu'à Athènes il y avait généralement peu d'intimité, peu d'échanges intellectuels, peu d'amour véritable entre les époux. Les hommes se recevaient entre eux et se rencontraient sans cesse à l'Agora, aux tribunaux, à l'assemblée et dans leurs affaires. Les femmes vivaient entre elles, de leur côté. Le gynécée était toujours bien séparé de l'andrôn. Beaucoup d'Athéniens devaient avoir sur le mariage l'opinion qui sera aussi celle de Montaigne :
En ce sage marché, les appétits ne se trouvent pas si folâtres ; ils sont sombres et plus mousses. On ne se marie pas pour soi, quoi qu'on dise ; on se marie autant et plus pour sa postérité, pour sa famille... Aussi est-ce une espèce d'inceste d'aller employer à ce parentage vénérable et sacré les efforts et les extravagances de la licence amoureuse... Un bon mariage, s'il en est, refuse la compagnie et conditions de l'amour.
Seulement, ces besoins charnels et senti­mentaux que l'Athénien ne satisfait pas chez lui, lorsqu'il ne voit en sa femme que la mère de ses enfants et la maîtresse de maison, il va les satisfaire au-dehors, auprès des garçons, auprès des courtisanes...

femmes à athenes

Ici, il convient pourtant de faire une distinction entre le V° et le IV° siècle. La famille athénienne semble être restée solide pendant la plus grande partie du v° siècle, mais la guerre du Péloponnèse, qui dura trente ans et fut atroce, provoqua de grands changements dans les moeurs.
Beaucoup de femmes prirent des habitudes plus libres, à l'instar des femmes spartiates, qui vivaient beaucoup moins recluses que les Athéniennes et se mêlaient bien davantage aux hommes, et ce désordre provoqua la création d'un magistrat spécial chargé de surveiller la conduite des femmes et surtout leur luxe, dont Solon s'était déjà préoccupé autrefois ; ce magistrat s'appelait le gynéconome.
Quant aux hommes, cette interminable guerre les éloignait constamment de leurs femmes et de leurs foyers, et ils hésitèrent moins à donner libre cours à leurs appétits. Un plaideur déclara un jour en plein tribunal :
Nous avons les courtisanes en vue du plaisir, les concubines pour nous fournir les soins journaliers, les épouses pour qu'elles nous donnent des enfants légitimes et soient les gardiennes fidèles de notre intérieur.
Il semble qu'au IV° siècle beaucoup d'Athéniens aient eu une concubine (pallakè) sans renvoyer pour autant leur femme légitime. Ces concubines, qui pouvaient être soit des Athéniennes, soit des esclaves, soit des étrangères libres, jouissaient-elles d'une situation légale et publiquement reconnue ? On en peut douter d'après les plaidoyers qui nous parlent d'elles. Mais les moeurs, sinon les lois, étaient fort tolérantes à leur égard, et nombre d'Athéniens semblent avoir été pratiquement bigames.

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La vie des femmes