Prostituées ou rebelles
rideau
femmes à la salpêtrière

En 1656, la police de Louis XIV s'avisa que le nombre de mendiants, vagabonds et autres hères sans ressources se multipliait de façon dangereuse à Paris. On créa pour eux une sorte de lieu d'accueil appelé l'Hôpital général. Ce « renfermement » ne se fit pas sans difficultés. Sur quarante mille miséreux, cinq mille environ acceptèrent cet hébergement forcé. Les autres préféraient de beaucoup conserver leur liberté et s'ingénièrent à échapper aux archers du roi. A la fin du règne, l'Hôpital général comptait entre ses murs environ dix mille individus des deux sexes.
Parmi les divers établissements, le plus important était l'hospice de la Salpêtrière où l'on recevait les ménages de vieillards, les femmes seules et les jeunes filles sans foyer. Il existait même un bâtiment pour les folles. En 1684, la Salpêtrière devint réellement une prison : on y enferma les femmes condamnées en justice, les prostituées, ainsi que, sur la demande de leurs parents, les jeunes filles perverses, paresseuses ou rebelles.

De nouveaux quartiers furent construits : les Communs pour les prostituées, la Correction pour les adolescents susceptibles de s'amender, la Prison ou la Grande Force pour les femmes condamnées à temps ou à perpétuité. Les grandes criminelles étaient enfermées — et parfois enchaînées — dans des cachots de 1,50 m sur 2 m. L'air et la lumière arrivaient par une lucarne de 30 cm, munie de solides barreaux. Le seul mobilier consistait en des montants de bois sur lesquels était jetée une paillasse. En 1758, trente détenues s'évadèrent, lors de la réfection d'un égout.
Les jeunes filles envoyées en pénitence par leurs familles jouissaient de cellules individuelles. Elles pouvaient se promener dans la cour. On leur apprenait un métier, généralement la couture. Les parents payaient pour elles une petite pension, faute de quoi elles devaient se contenter de la médiocre nourriture des pauvres de l'hospice. Leurs seules distractions étaient... la prière et la lecture à haute voix de livres pieux !

Les prostituées dormaient dans des dortoirs. On comptait un lit pour six détenues. En fait, quatre femmes y couchaient tête-bêche, les deux autres s'étendant par terre, à même le carreau nu. Ces femmes portaient une sorte d'uniforme : robe de bure grise, bas gris et sabots, bonnet rond cachant les cheveux coupés ras. Dans la journée, elles travaillaient en silence dans les dortoirs transformés en ateliers. Leur travail n'était pas rémunéré. Leur nourriture consistait en potage, pain et eau, parfois un plat de lentilles et un peu de viande le dimanche.
On imagine l'état d'esprit des malheureuses ainsi traitées, et les résultats d'une telle promiscuité pour les moins dépravées, celles qui auraient pu être « récupérables ». Il faut ajouter que l'hygiène était lamentable : les détenues souffraient du scorbut, de la gale, sans parler des nombreuses épidémies qui, de temps à autre, sévissaient.
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Prison sous l'Acien Régime