Jeunes et vieux délinquants
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prison de Bicêtre

Si les femmes menaient triste vie à la Salpêtrière, les hommes n'étaient pas plus heureux à Bicêtre. A côté de l'hospice qui abritait vieillards, malades, paralytiques, déments, une prison d'État y avait été aménagée. Elle comprenait divers quartiers.
La Correction était réservée aux garçons encore mineurs, enfermés par ordre du lieutenant de police et sur la demande des parents ou des tuteurs pour expier quelque mauvais coup. Les plus jeunes (à partir de treize ans) couchaient en dortoirs, les aînés dans des « loges » individuelles. Ils travaillaient treize heures par jour sous la férule de maîtres ou de sous-maîtres. Deux heures étaient consacrées à l'étude proprement dite (ils apprenaient à lire, écrire, compter), les onze autres à des travaux manuels.
La discipline était très stricte, les manquements punis de fouet. Un règlement rappelait aux maîtres leurs devoirs envers les jeunes délinquants : « On les fera travailler aux ouvrages les plus rudes que leurs forces et les lieux où ils seront le pourront permettre et, en cas qu'ils donnent sujet par leur conduite de juger qu'ils veulent se corriger, on leur fera apprendre autant que possible des métiers convenables à leur sexe ou à leur inclination, et ils seront traités avec douceur à mesure qu'ils donneraient les preuves de leur changement. »
En fait, la plupart du temps le remède ne faisait qu'empirer le mal, et l'on vit souvent des adolescents se dévoyer au contact des gibiers de potence.

Dans la prison proprement dite, étaient groupés les malandrins condamnés par la justice. Les prisonniers non dangereux couchaient dans trois grands dortoirs, pouvant contenir chacun soixante-dix détenus. Ils avaient des paillasses avec des couvertures. Vêtus d'une veste et d'une culotte de laine grise, chaussés de sabots, un bonnet sur la tête, ils travaillaient pendant le jour, soit à polir des glaces de Saint-Gobain — ils touchaient alors un petit salaire —, soit à faire monter l'eau d'un grand puits à l'aide d'une mécanique.

Au XVIIIe siècle, on créa à Bicêtre pour certains prisonniers au secret des « cabanons », cellules de 2,50 m sur 2 m, pourvues d'une fenêtre grillagée. Le détenu n'en sortait qu'une fois par mois, le temps de se faire couper les cheveux. Sa nourriture était passée à travers un guichet. Il pouvait s'occuper à la fabrication d'objets en paille, travail qui était rémunéré.
Enfin, les grands criminels non condamnés à mort étaient incarcérés dans des cachots blancs ou noirs, selon le dégré de culpabilité. En 1770, Malesherbes qui visita les « noirs » fut horrifié.
« Ces cachots sont tels qu'il semble qu'on se soit étudié à ne laisser aux prisonniers qu'on y enferme qu'un genre de vie qui leur fasse regretter la mort. On a voulu qu'une obscurité entière régnât dans ce séjour. Il fallait cependant laisser entrer l'air nécessaire à la vie : on a imaginé de construire sous terre des piliers percés obliquement dans leur longueur et répondant par des tuyaux qui descendent dans le souterrain. C'est par ce moyen qu'on a établi quelque communication avec l'air extérieur sans laisser aucun accès à la lumière. Les malheureux qu'on enferme dans ces lieux humides et infects sont attachés à la muraille par une lourde chaîne et on ne leur donne que de la paille, de l'eau et du pain. »
Le roi ordonna la fermeture définitive de tous ces cachots.
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Prison sous l'Acien Régime