Des rites compliqués
rideau
rites à versailles sous louis XIV

La « mécanique royale » — le mot est de Saint-Simon — commençait à s'enclencher à huit heures et demie du matin, lorsque le valet de chambre en quartier éveillait le monarque. Les huissiers introduisaient alors les « petites entrées » pour le petit lever, les « grandes entrées » pour le grand lever. Le roi se lavait et s'habillait en public (les ablutions de Louis XIV étaient rapides).
Après la grand-messe chantée, le roi recevait un à un ses ministres, à moins qu'il ne tînt grand conseil. Le Roi-Soleil dînait (déjeunait) seul dans son antichambre ou dans sa chambre. Le cortège de la « viande du roi », salué par les roulements des tambours des cent-suisses, venait de ses cuisines personnelles situées au bout de l'aile du midi ; le puissant souverain, esclave de l'Etiquette qu'il avait instituée, mangeait le plus souvent froid. Louis XIV fit installer des « chauffoirs » sur sa table, puis il ordonna d'aménager des cuisines plus fonctionnelles près de sa salle à manger.
Il fallait l'intervention de quatre officiers pour servir à boire au souverain. Un échanson faisait l'« essay » avant qu'il ne but (l'officier absorbait quelques gouttes de vin pour s'assurer qu'il n'était pas empoisonné ; vieille précaution médiévale).

Après la chasse quotidienne et de nouvelles audiences, le roi, ayant soupé, ouvrait trois fois par semaine ses grands salons aux courtisans ; il donnait l'« appartement » (une réception). Puis il se couchait suivant des rites aussi compliqués que ceux qui avaient marqué le début de la matinée. Un vieux duc goutteux s'appuyait sur la balustrade qui, dans la chambre du monarque, séparait ce dernier du commun des mortels.
« Monsieur, lui dit l'huissier indigné, vous profanisez la chambre du roi ! - Monsieur, lui répondit plaisamment le grand seigneur, je préconerai votre exactitude ! » Certains très humbles serviteurs, côtoyant le roi chaque jour, étaient plus favorisés que d'autres. Louis XIV, qui ne passait jamais devant une femme de chambre sans toucher son chapeau, aimait à faire causer l'un de ses porteurs de chaise, dont il appréciait le langage imagé. Mais il se fâcha, lorsque le maladroit, soudoyé par un abbé, voulut solliciter une faveur pour l'ecclésiastique. Il ne lui pardonna qu'en lui faisant promettre de ne plus recommencer.

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